Communauté de l'Agneau : « je demandais seulement le droit de le penser »

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Communauté de l'Agneau : « je demandais seulement le droit de le penser »

Un témoignage qui nous parle de l'obéissance à la conscience.

Témoignage (28) Communauté de l'Agneau (2) Petites sœurs de l'Agneau (1)

Catherine, ancienne religieuse, est filmée par la caméra bienveillante de son cousin François. On découvre sa vie et son cheminement depuis qu'elle est sortie de sa communauté. Elle reste fidèle à son engagement et nous en parle 🡵.

Il s'est passé que le dialogue avec mes supérieures est devenu de plus en plus difficile. J'étais à 12 000 kilomètres [de la maison mère de la communauté]. Ça a eu un grand avantage, ça m'a permis de penser. Mais la conséquence, c'est qu'on n'a plus réussi à se comprendre. Et au fur et à mesure des mois et des trois dernières années, je me suis rendue compte et j'ai pu exprimer que ce que j'étais en train de vivre, c'est que je n'avais pas le droit de penser différemment. Et quand j'ai réalisé que je ne pouvais pas penser différemment, j'ai eu un tremblement de terre de ma conscience. Je ne demandais pas qu'on fasse ce que je disais. Je ne demandais même pas qu'on soit d'accord ; je demandais seulement le droit de le penser. Et j'ai réalisé que je n'avais pas la possibilité de penser différemment, que c'était déjà pris comme une trahison.

Je crois que dans la vie religieuse, l'erreur, c'est qu'on ne veut pas d'erreur. Comme on veut t'aider à être parfaitement fidèle à la vie spirituelle, on ne te donne pas la responsabilité de te tromper. Et si tu te trompes, il faut que tu reviennes vite : « on te pardonne, la miséricorde de Dieu est grande », « Mais regarde le chemin, c'est celui-là ». Et on ne t'apprend pas… le discours est parfait ! J'ai entendu toute ma vie religieuse : « l'obéissance à la conscience ». Mais on nous avertissait : « Je ne l'ai jamais utilisée dans ma vie religieuse », les personnes qui avaient 40 ans de vie religieuse nous disaient ça.

Et c'était vrai, parce que l'obéissance à la conscience, c'est grave. J'ai entendu cet enseignement qui vient de Saint-François : le troisième degré de l'obéissance, c'est « tu ne fais pas ce que te demande ton supérieur parce que tu es prêt à mourir pour ce que tu sens en toi ». C'est pas de la tarte, c'est « prêt à mourir ». Et quand on m'a demandé un axe qui pour moi n'était pas de la charité — il était injuste — cet enseignement m'a servi.

On m'a dit : « tu as désobéi ». Et moi, j'ai perdu ma vocation pour obéissance à ma conscience. Je continue de dire que j'ai pu me tromper, mais ils devaient me faire confiance puisque c'est ce que je pensais.

[Question réalisateur] La hiérarchie au-dessus de tes responsables ne réagit pas ? Tu les préviens, tu les informes ?
[Réponse de Catherine] Ils ont cru mes responsables puisque c'est ceux qui savent. J'ai eu des dialogues, j'ai fait des lettres, avec toujours la petite note, parce que j'en suis convaincue, je peux me tromper. Mais laissez-moi me tromper ! C'est ce que fait un père avec un enfant. Si on est adulte, qu'on a 50 ans, et qu'on ne peut pas se tromper, c'est très grave ! On n'a plus de liberté ! Et en plus ça suppose que les supérieurs, eux, ne peuvent pas se tromper. Enfin, c'est quoi ça ? Trompons-nous ensemble, trompons-nous ensemble ! Et puis ça veut dire quoi se tromper ? Parce qu'on prend un autre chemin que celui qu'on… C'est relatif.

Résilience à Buenos Aires (à partir de 23 minutes)