Saint-Genès La Salle de Bordeaux : une alerte majeure ignorée en 2011

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Saint-Genès La Salle de Bordeaux : une alerte majeure ignorée en 2011

La longévité et la sérialité des faits posent la question de lourdes défaillances institutionnelles.

Gilles Delignac (4) Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence (8) Frères des écoles chrétiennes (19) Enseignement privé catholique (211) Diocèse de Bordeaux (9)

A l'issue de deux ans et demi d'enquête, Gilles Delignac, professeur des écoles de 54 ans, a été mis en accusation devant la cour criminelle de Gironde pour dix-huit viols sur mineurs entre 2008 et 2012, six agressions sexuelles sur mineurs entre 2017 et 2023, neuf atteintes à l'intimité de la vie privée par enregistrement d'image à caractère sexuel et six faits de voyeurisme sur mineur. Son procès est attendu pour l'automne 2026. Au total, 36 victimes ont été identifiées durant la procédure. Toutes étaient des enfants entre 7 et 12 ans. Toutes des filles. Toutes élèves à Saint-Genès.

La longévité et la sérialité des faits posent la question de lourdes défaillances institutionnelles, d'autant que l'enquête a révélé que Saint Genès avait reçu au moins une alerte majeure dès 2011, douze ans avant l'arrestation du pédocriminel présumé.

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Dénonçant un « climat de silence préoccupant » autour des agissements de Gilles Delignac, plusieurs parents des victimes postérieures à 2011 ont déposé une plainte pour « non-obstacle à la commission d'une infraction » et « non-dénonciation de crime ». « L'inaction de l'établissement a permis à M. Delignac de poursuivre ses agissements dans un climat d'impunité », dénonce Mathias Darmon, avocat d'une dizaine de parties civiles. « Ils ont laissé s'enkyster des traumatismes dans des vies d'enfants pour protéger une institution », explose Agnès, la mère de Luz. Avec le père de Luz, elles ont ajouté une plainte supplémentaire pour négligence.

A la fin de l'enquête du Monde, un événement assez rare dans les dossiers de violences sexuelles s'est produit : l'institution où elles ont été commises s'est excusée, pour la première fois. « La défaillance passée a permis la continuation de ces actes inacceptables et l'établissement porte, en ce sens, une responsabilité morale évidente à l'égard des victimes. Nous présentons nos excuses les plus sincères aux victimes de ces actes odieux », écrit Saint-Genès dans sa réponse au journal.

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[Gilles Delignac] n'a avoué que les cinq agressions sexuelles et le voyeurisme prouvés par les images qu'il a filmées. En revanche, il nie toujours les viols, certifiant avoir utilisé une cuillère et une « pipette à Doliprane ou Advil » lors des « jeux du goût ». Face à l'accumulation des 17 témoignages concordants de jeunes femmes ne se connaissant pas entre elles, il oppose « l'influence du mouvement MeToo sur leur génération » et « l'effet d'entraînement et du tourbillon médiatique ».

Le Monde

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