Quelques repères à propos du droit canonique
<< Semaine du 2 au 8 mars 2026 (article 10/12) >>
Quelques repères à propos du droit canonique
Une interview de Mgr Patrick Valdrini.
Zenit vient de publier une interview de Mgr Patrick Valdrini : Abus, excommunication, miséricorde : l'éclairage d'un spécialiste du droit canonique. Vous trouverez ci-dessous quelques points clés de ce texte.
Les points clés
La nature du droit canonique
Le droit canonique n'est pas un simple règlement administratif. Il régit la dimension visible et institutionnelle de l'Église. Son but est de garantir que l'institution reste fidèle à son identité spirituelle : être le « visage du Christ » dans l'histoire. Il assure la cohérence entre ce que l'Église est (le Corps du Christ) et ce qu'elle fait.
Une justice « restaurative » plutôt qu'exclusive
Mgr Patrick Valdrini clarifie des notions souvent mal comprises :
- L'excommunication : Ce n'est pas une exclusion définitive, mais une « peine médicinale » (ou censure). Elle prive le fidèle de sacrements pour le pousser à l'amendement et à la réparation.
- La Miséricorde : Elle ne s'oppose pas à la justice. Comme dans la parabole de l'enfant prodigue, le retour à la communion est possible, mais il exige de réparer les dommages causés.
Le refus du « buonismo » et l'importance du discernement
Mgr Valdrini met en garde contre la complaisance (le buonismo) qui consisterait à être « bon » sans discernement.
- Le scandale : C'est une notion communautaire clé. Si une décision de l'Église (comme la réintégration d'un prêtre ayant commis des abus) choque la communauté ou ignore la souffrance des victimes, elle est injuste.
- La « justesse » des nominations : L'Église a le devoir d'évaluer si confier une charge à un prêtre est cohérent avec son rôle de symbole du Christ. La justice passe par la protection de la communauté et la reconnaissance des blessures infligées.
Conclusion : Le modèle christique
Le droit canonique doit prendre pour modèle le Christ des Évangiles et non les structures civiles. Sa mission ultime est de garantir la crédibilité et la cohérence de l'action de l'Église dans la société moderne.
La notion de scandale
Avec la notion de scandale, le sens moral de la communauté des fidèles devient un critère de discernement. Présentation de ce concept juridique aussi étrange que flou dans son application.
L'un des éléments importants d'évaluation, c'est le scandale qu'une décision peut susciter. Le scandale est une notion, elle aussi, communautaire, nécessaire comme « expression d'une communauté ». On constate que des personnes peuvent se rebeller face à certaines décisions de l'Église si elles jugent l'acte injuste, notamment pour ceux qui ont subi des dommages.
[…]
Le scandale, il est vrai, n'est pas une chose définie par des critères, il se discerne. Une décision qui s'inscrit dans une logique d'accueil de la personne peut provoquer un scandale au sein de la communauté. Celle-ci a un droit de « réception » des décisions prises par une autorité ecclésiastique. C'est une catégorie traditionnelle du droit canonique que nous dirions aujourd'hui être une expression de synodalité et de participation. Il est donc opportun de déterminer quelle décision serait la plus juste pour la communauté et pour les personnes.