Les abus dans les communautés monastiques féminines

<<   Semaine du 2 au 8 mars 2026 (article 9/12)   >>

Les abus dans les communautés monastiques féminines

Une conférence d'Isabelle Jonveaux, sociologue, disponible sur Internet.

Formation (107)

Dans le cadre du diplôme universitaire « Abus et Bientraitance » 25/26 proposé conjointement par l'ICP et le CCRFE, des conférences ouvertes au public sont proposées les premiers lundi de chaque mois, de novembre 2025 à mai 2026. La conférence du 2 mars 2026 était donnée par Isabelle Jonveaux, sociologue et avait pour titre : « L'abus dans les communautés monastiques féminines » 🡵.

Voici le contenu du support projeté à l'écran durant la conférence.

« Les abus sexuels ne surgissent généralement pas de nulle part. […] Certains utilisent leur autorité spirituelle en répandant un climat de peur et de terreur dont eux seuls détiennent la solution. » (Halsbeck 2010 : 92).

Contextualisation des abus dans les communautés monastiques

A partir de quel moment une pratique ascétique devient-elle abusive ?

  • Elle n'est pas déjà prévue dans la règle, les constitutions ou autre texte officiel
  • Sa fin se trouve en elle-même et ne peut être argumentée
  • Son sens n'est pas justifié par une plus-value spirituelle ancrée dans la compréhension théologique actuelle et reconnue par l'Église
  • Elle n'est pas expliquée par celui ou celle qui l'impose
  • Elle n'est pas librement et volontairement consentie par l'individu.
CaractéristiquesType d'abus potentiellement favoriséVigilance
Institution totale et lieu clos
Stabilité (stabilitas loci)
Toutes formes d'abus et de harcèlement
Silence sur les maltraitances
Confrontation régulière avec l'extérieur
ObéissanceAbus de pouvoir en premier lieuEsprit critique
Protection du for interne
Discipline ascétiqueAbus de pouvoir, abus spirituelsActualisation des pratiques ascétiques, sens
Confrontation à des regards extérieurs
PauvretéEmprise, abus de pouvoirInterroger les formes de dépendance

Abus spirituel

  • Lisa Oakley et Justin Humphreys définissent l'abus spirituel comme « une coercition et un contrôle d'un individu sur les autres dans un contexte spirituel » (2019 : 16).
  • Selon Jacques Poujol, « l'abus spirituel peut être défini comme une maltraitance spirituelle et psychologique d'une personne qui a pour effet de l'affaiblir, voire de la détruire, et de la rendre dépendante tant psychologiquement que spirituellement. » (2015 : 9)
  • L'abus spirituel est aussi l'utilisation de l'autorité qui est de nature spirituelle, pour appliquer la contrainte ou le contrôle.

Les dispositifs structurels qui rendent les abus possibles

Les structures d'autorité internes aux communautés féminines

« Une structure d'obéissance utilisée pour contrôler les personnes et qui implique donc un abus de pouvoir au sein de sa propre communauté favorise les abus sexuels commis par des clercs extérieurs a la communauté » (Mitterer, 2021 : 95).

Structures institutionnelles hiérarchiques et systèmes de soutien des communautés féminines

Or, comme le disent Oakley et Kinmond, « la direction de l'abus est représentée comme étant descendante depuis les dingeants du sommet du modèle jusqu'a la cible qui occupe une position intérieure dans la hiérarchie institutionnelle. » (Oakley et Kinmond, 2013 : 15).

Les rapports entre communautés féminines et prêtres

  • « C'était très difficile de choisir son propre confesseur, j'ai été longtemps contrôlée et on m'a aussi fait des reproches ». (femme)
  • « Je l'ai choisi moi-même, mais ensuite j'ai été réprimandée, l'abbesse veut être consultée ». (femme)
  • « C'est difficile quand on veut avoir son propre confesseur, il y a des contrôles pour savoir si on se confesse vraiment ». (femme)

(Questionnaire 2024)

Structures spaciales et communication

La sœur dans les structures monastiques

Niveau intellectuel

  • 59% des hommes disent qu'il est « tout à fait possible » d'avoir accès à des études, pour seulement 11% des femmes.
  • 37% des femmes disent qu'il est possible de négocier (16% des hommes).
  • Formations: 49% de femmes ont accès autant à des formations professionnelles que religieuses, ce qui concerne 63% des hommes.

« Parfois chez nous, comme on ne connait pas son droit, il y a certaines choses qui ne sont pas normales, mais avec la session vraiment… J'ai vu dans la vie au monastère, parfois, il y a certaines choses que l'abbé impose, qui ne sont pas normales. Parfois, c'est le jeune qui a le droit. Ou parfois, c'est quelque chose que le jeune a fait, et qui est juste. Mais parce l'abbé ne connait pas bien son droit OU parce que le jeune ne connaît pas son droit, le jeune va subir ces affaires-là. Mais avec le docteur, on voit clair que parfois il y a certaines choses qu'on subit, on ne doit pas subir. » (03.2019)

« […] une fréquentation assidue de la littérature peut rendre les futurs prêtres et tous les agents pastoraux encore plus sensibles à la pleine humanité du Seigneur Jésus, dans laquelle se répand pleinement sa divinité, et annoncer l'Évangile de manière à ce que tous, vraiment tous, puissent expérimenter combien est vrai ce que dit le Concile Vatican II :« En réalité, le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ». Il ne s'agit pas du mystère d'une humanité abstraite, mais du mystère de cet être humain concret avec toutes les blessures, les désirs, les souvenirs et les espérances de sa vie. » Pape François, Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation, 2024

« En ce qui concerne le principe de déresponsabilisation qu'entraînent les structures ou les supérieurs de l'institution « monastère », il y a de la part des subordonnés, moines ou moniales, une inclination à l’« auto-déresponsabilisation », qui provient d'une mentalité qualifiée de « refuge » ou « mentalité hôpital ». […] La sécurité de la subsistance qui y est offerte est rémunérée par les détenus avec docilité et couardise ; il n'y a plus ni besoin ni espace pour un comportement responsable. En outre, dans le domaine de la vie monastique, à la mentalité de refuge peuvent s'ajouter les répercussions de la clôture stricte classique, de sorte que les deux comportements se renforcent mutuellement. Celles-là sont différentes selon le sexe : tandis que les moines s'isolent toujours plus les uns par rapport aux autres, les moniales tendent au contraire à devenir infantiles, à régresser. » Michaela Pfeifer, Le renoncement conduit-il à la liberté ? Réflexion systématique sur l'ascèse dans la R.B., Collectanea Cisterciensia, Revue de spiritualité monastique, vol. 68 (1), 2006, p.11

Niveau spirituel

« Je peux encore comprendre qu'il soit inconvenant de croiser les jambes en tant que moine/moniale - mais que ma mère abbesse, lorsque je lui ai demandé si l'on pouvait seulement étendre les pieds SOUS la table et les croiser, m'ait également dit que cela ne correspondait pas à une attitude monastique disciplinée, je suis devenue blafarde… Nous avons alors convenu que je ne croiserais les pieds qu'au réfectoire et à l'église, mais qu'au parloir, elle trouvait cela également inconvenant. » (03.2024)

Niveau corporel et intimité

« Je demande de temps en temps, mais je me donne aussi le droit d'acheter quelque chose moi-même, avec l'argent que les amis donnent. Parce que c'est vraiment difficile d'obtenir les besoins simples sans refus ou même commentaires humiliants ». (Femme, questionnaire 2024)

Sexualité et vie monastique féminine

« Moi, je dirais que c'est tabou. Parce qu'au noviciat, on n'en a jamais parlé de la vie affective. […] Personne. Personne ne m'a jamais parlé des choses de la vie affective. Vraiment c'est tabou, personne ne le dit. […] En tout cas, moi, la maîtresse [des novices] ne m'a pas posé de question sur la vie affective. Moi, je vois que c'est la maîtresse qui devrait… Mais aussi la communauté devrait former une sœur qui doit donner le cours sur ça, mais nous n'avons pas. » (03.2019)

Conclusion