Famille de Saint-Joseph : six plaintes déposées depuis 2020

<<   Semaine du 23 février au 1er mars 2026 (article 2/9)   >>

Famille de Saint-Joseph : six plaintes déposées depuis 2020

La Famille de Saint-Joseph avait « réfuté, aujourd'hui comme hier, avec la plus grande fermeté, les accusations calomnieuses dont [elle a] été l'objet ».

Famille de Saint-Joseph (2) Père Joseph-Marie Verlinde (2) Mgr Pierre-Marie Carré (1)

En juillet 2024, elle porte plainte à la gendarmerie de Trèbes, pour des abus sexuels qu'elle explique avoir subis de la part d'un prêtre de la communauté catholique Famille St-Joseph, installée à côté de Béziers, une communauté dont elle a été par le passé très proche. Plainte également contre un de ces responsables qui n'aurait pas « dénoncé les faits que je lui avais confiés ». En amont de cette démarche, en juin 2024, elle avait été reçue par l'évêque de l'Hérault, Mgr Turini, qui lui avait conseillé d'engager une procédure judiciaire civile. Une enquête canonique avait été lancée « afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire », indique aujourd'hui le diocèse de Montpellier qui a mis en place, « dès le signalement, des mesures conservatoires, c'est-à-dire la suspension de tout ministère, à l'encontre de la personne concernée », dans le respect de la présomption d'innocence. « Ces mesures sont toujours en vigueur à ce jour, dans l'attente de l'aboutissement des procédures d'instruction, menées de manière indépendante. » Le dossier a été transmis au tribunal pénal canonique national.

Un an et demi plus tard, Claire attend des nouvelles de ces différentes enquêtes. Avec une crainte : qu'elles s'enlisent et ne donnent rien. Au cœur de l'hiver, elle reçoit dans sa petite maison, au centre du village, au fin fond de ces Corbières sauvages qu'elle a appris à aimer. Assise à une table, au centre de laquelle un bouquet de mimosas éclaire la pièce, elle rassemble son courage pour oser parler. « Je commence à le faire sans m'effondrer. » Une icône de St-Joseph accrochée au mur, veille sur elle. « On me l'a offerte après mon accident. »

[…]

Quand elle était au sein de la communauté St-Joseph, elle s'était confessée au responsable, le prieur. « Il m'a demandé de me taire et de partir. » Elle continue : « Lorsque je lui ai parlé en confession des relations sexuelles, il m'a répondu : mais Claire, il a l'âge de votre père. Ce qui m'a culpabilisé et empêché de comprendre ce qu'il se passait. Il m'a fait comprendre que c'était moi la tentatrice. » Un séisme émotionnel dont elle ressent encore les secousses. Elle repart « dans un état de stress post-traumatique. » « La demande de mon départ m'a fait croire que j'étais à l'origine de cette situation tordue. » Sa bouée de sauvetage viendra de sa décision de rejoindre une colocation dans la maison paroissiale, à Trèbes. « Il n'a jamais osé y venir. J'ai compris que c'était parce qu'il y avait des témoins. »

Contactée, la communauté catholique St-Joseph « confirme qu'une plainte a été déposée à la gendarmerie et devant la justice ecclésiastique ». « Le secret attaché à chacune de ces procédures m'empêche de m'exprimer plus avant à ce sujet, raison pour laquelle je suis dans l'incapacité de répondre favorablement à votre sollicitation. Je veillerai pour ma part à ce que les instances saisies puissent accomplir leur mission dans la sérénité, et serai attentif à toute atteinte qui serait portée à l'honneur ou à la considération de la communauté », écrit le responsable actuel. De son côté, le prêtre visé par la plainte « réfute catégoriquement les accusations de (Claire) », indique-t-il. Mais il n'entend pas en dire plus : « Par respect pour la justice, je réserve aux enquêteurs les preuves qu'elle me calomnie gravement. »

[…]

Depuis février 2020, au moins cinq femmes de la communauté ou de son entourage, sans compter Claire, ont déposé plainte auprès des autorités civiles ainsi que devant le tribunal ecclésiastique et auprès du Vatican, avait recensé, en juin 2021, l'hebdomadaire chrétien la Vie. Deux de ces plaintes visent le même prêtre que Claire et concernent des atteintes et agressions sexuelles subies au début des années 2010. Les autres plaintes émanent d'anciennes sœurs et « familières » de la communauté qui ont souhaité faire connaître les « abus spirituels, de conscience et de pouvoir » qu'elles y auraient subis. À l'époque, la Famille de Saint-Joseph avait « réfuté, aujourd'hui comme hier, avec la plus grande fermeté, les accusations calomnieuses dont nous avons été l'objet ». Une enquête canonique diligentée au printemps 2020 n'avait pas relevé « de dérives sectaires, ni de choses dramatiques » avait commenté l'archevêque de Montpellier, Pierre-Marie Carré. Une des plaignantes que nous avons pu contacter évoque pourtant des conclusions qui n'ont pas toutes été révélées et qui pointent des « dysfonctionnements ». Elle parle « d'endoctrinement » dans cette communauté où elle a perdu son « estime de soi, où on pense pour vous, où il n'y a plus de vie intérieure ». Pour l'heure, il n'y a pas eu de nouvelles étapes judiciaires. Plusieurs plaintes ont été classées sans suite.

L'indépendant

Informations complémentaires