Frères des écoles chrétiennes : nouveaux témoignages du Doubs à la Côte-d'Or

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Frères des écoles chrétiennes : nouveaux témoignages du Doubs à la Côte-d'Or

On ne compte plus le nombre de témoignages médiatisés ces dernières semaines.

Frères des écoles chrétiennes (13) Diocèse de Dijon (12) Enseignement privé catholique (201)

Collège de Levier dans le Doubs

La congrégation des Frères des écoles chrétiennes, qui gère le collège de Levier, a envoyé un signalement au parquet de Besançon en mars 2023 pour des violences commises sur un élève entre 1978 et 1981, pendant sa scolarité. Deux hommes sont mis en cause pour viols et agressions sexuelles sur cet enfant qui avait à l'époque entre 11 ans et 13 ans, selon le procureur de la République de Besançon, Cédric Logelin, ce lundi.

Un des deux suspects est décédé en 2013. Pour le second, âgé de 91 ans en 2023, le parquet de Besançon a ouvert une enquête confiée aux gendarmes de Levier. Pendant son audition, cet homme a nié tous les faits qui lui étaient reprochés. Aucun autre fait n'a été signalé concernant ce suspect et le dossier a été classé sans suite en raison de la prescription des faits, d'après le procureur Cédric Logelin.

ICI Besançon

Groupe scolaire Saint-Joseph - La Salle de Dijon

C'est au sein du groupe scolaire Saint-Joseph - La Salle de Dijon (Côte-d'Or) que les faits ont eu lieu. Présente dans cet établissement Lasallien (groupe national d'écoles catholiques) entre 2003 et 2011, Lucie (nom anonymisé) a vécu l'horreur. Violences physiques et morales, humiliations et désignée responsable de tout ce qu'elle a subi, cette dernière témoigne de huit ans qui l'auront traumatisé et qui la font encore trembler aujourd'hui. Alors que les établissements lasalliens sont de plus en plus mis en défaut en France, après l'apparition du collectif de victimes lasalliens, elle témoigne pour France 3 Bourgogne pour faire bouger les choses.

France3 Bourgogne-Franche-Comté

Violence des enseignants

Ces violences, elles n'étaient pas anodines, mais plutôt récurrentes observe Lucie, « je n'étais pas la seule à subir ça. L'institutrice avait ses élèves en vue et ce n'était pas toujours des décisions objectives ». Les écoliers subissaient dans un climat de terreur, les humeurs de leur professeure. « J'avais constamment peur de la punition, à chaque instant et très souvent après l'Orangina, l'esprit se brume complètement et on oublie presque ce qu'il s'est passé ». Harcelée et terrorisée par son institutrice, la jeune fille alors âgée d'entre 7 et 8 ans n'ose plus sortir du rang et n'a jamais contesté ces actes, elle n'arrivera à avouer les faits à ses parents qu'après sa majorité.

France3 Bourgogne-Franche-Comté

Harcèlement

Les années d'horreur s'enchaînent. La peur au ventre, Lucie retourne à Saint-Joseph chaque jour. Mais en 2011, c'était la fois de trop. « J'étais en 4e, j'avais 13 ans et je me suis enfin résolue à essayer de me défendre avec des mots. Une de mes harceleuses me l'a immédiatement fait payer en me cassant la figure, encerclée d'une foule hilare l'encourageant. Un coup de pied dans les côtes m'a coupé le souffle, et pour moi le temps s'est arrêté ».

Aujourd'hui, la femme de 28 ans s'estime heureuse, « j'ai entendu une phrase qui a tourné longtemps en boucle dans ma tête : ‘on aurait trop dû filmer !’. J'aurais pu vivre du cyberharcèlement. Quand c'est arrivé, nous étions dans le hall du gymnase où était supposé nous attendre le professeur de sport. J'étais au sol lorsqu'il est arrivé et il n'a pas cherché à comprendre ce qu'il s'était passé ni à vérifier si j'étais blessée. Il a juste cherché le silence pour commencer son cours, que je n'ai pas pu suivre à cause de la douleur ».

L'élève qui a porté le coup a alors été convoquée, mais aurait prétendu qu'elle avait répondu à des propos racistes de la part de Lucie. Une diffamation que la victime aura très mal vécue par la suite. « Le CPE (Conseiller principal d'éducation) n'a pas pris la peine de convoquer les autres harceleurs que j'avais évoqué et pour ne pas trop ébruiter l'affaire, il a suggéré que ce soit moi qui change de classe et perde mon option européenne bilangue. J'étais donc indirectement punie d'être victime », nous détaille Lucie.

France3 Bourgogne-Franche-Comté

École Saint-Bernard Sainte-Marthe de Besançon

Marie-Paule*, âgée de 67 ans a été scolarisée une partie de son enfance, dans les années 1970, au sein de l'ancienne école lasallienne de Besançon, Saint-Bernard Sainte-Marthe. Aujourd'hui installée à Lons-le-Saunier dans le Jura, elle dénonce des viols et agressions sexuelles commis par l'ancien directeur de l'école. Elle aurait été victime de ce frère laïque entre le CE2 et la quatrième. Son agresseur avait alors une cinquantaine d'années. Le frère P. est décédé à Besançon en 2000. Selon Marie-Paule*, plusieurs autres petites filles auraient été victimes de l'homme d'Église

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Elle dénonce des faits graves, des pénétrations digitales, des masturbations, et décrit une ambiance pesante instaurée par l'homme d'Église : « C'était quelqu'un de mielleux, qui pour arriver à ses fins, usait de prétextes qui n'en étaient pas. Par exemple il nous demandait d'aller ranger des choses dans la maison du patronage. On quittait l'école, et c'est là qu'il se rapprochait de nous très fortement », raconte l'ancienne élève. Marie-Paule* affirme que sa petite sœur ainsi que plusieurs autres fillettes ont été victimes du frère P.

Les violences se produisent durant plusieurs années, parfois à l'école, d'autres fois lors de voyages : « Il m'a emmenée à un séminaire, je crois qu'il appelait ça comme ça. Il m'a emmenée le samedi, on est revenu dimanche. Il y a eu des attouchements dans la voiture, bien évidemment. Mais j'ai une amnésie totale de ce qui s'est passé là-bas », témoigne Marie-Paule.

France 3

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