Frère Albert Maës : « Ils ont décidé, plus haut, d'étouffer l'affaire »
<< Semaine du 16 au 22 février 2026 (article 5/10) >>
Frère Albert Maës : « Ils ont décidé, plus haut, d'étouffer l'affaire »
Le récit du surveillant qui avait découvert et dénoncé les crimes du frère Albert Maës en 1976.
Pascal Poinsenot narre comment il a découvert la sordide vérité, et comment, malheureusement, rien n'a été sérieusement entrepris pour mettre hors d'état de nuire Albert Maës : « J'étais surveillant de nuit au Sacré-Cœur, pour une partie de l'internat. Mais j'avais une difficulté de planning : le mardi soir, j'avais théâtre. Albert Maës m'avait alors assuré qu'il pouvait s'occuper de mes élèves ».
Jusqu'à ce que Pascal Poinsenot ne s'aperçoive fortuitement que quelque chose cloche. « Un mardi soir, je ne sais plus pourquoi, je reste plus longtemps que d'habitude. Et je m'aperçois qu'il y a des choses bizarres. Deux enfants portent de grosses ceintures, soi-disant pour digérer. Beaucoup semblent inquiets », se souvient-il. Tracassé, il décide par la suite de mener son enquête et découvre finalement la vérité : « J'ai fini par apprendre que Maës allait tripoter les enfants. Il y avait aussi un jeune garçon, de troisième, qui était le seul à avoir une chambre individuelle, toujours pâle, qui a même été violé à plusieurs reprises ».
Pascal Poinsenot effectue alors un signalement auprès du directeur de l'établissement et de l'Ogec (Organisme de gestion de l'enseignement catholique). Il prévient surtout son père qui, à l'époque, était adjoint-chef de la brigade de gendarmerie de Langres. Une enquête est bel et bien ouverte grâce à lui. Mais elle fera long feu. « Ils ont décidé, plus haut, d'étouffer l'affaire. Et on a muté Maës en Afrique lors des vacances de Pâques 1976 », affirme, avec amertume, Pascal Poinsenot.
— Le jhm
Informations complémentaires
Frère Albert Maës
- https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/05/24/en-guinee-je-me-suis-senti-pousser-des-ailes-je-pouvais-abuser-itineraire-d-un-religieux-pedocriminel-entre-la-france-et-l-afrique_6235208_3212.html
- https://www.leprogres.fr/faits-divers-justice/2025/12/17/viols-sur-mineurs-un-religieux-residant-dans-un-ehpad-pres-du-puy-renvoye-devant-la-justice
- https://jhm.fr/pedocriminalite-a-langres-un-nouveau-temoignage-contre-albert-maes/
- https://www.youtube.com/watch?v=0-YvIB63nHU
- https://www.lamontagne.fr/puy-en-velay-43000/faits-divers/frere-soupconne-de-pedophilie-en-haute-loire-le-diocese-du-puy-souhaite-que-toute-la-lumiere-soit-faite_12545480/
- https://www.20minutes.fr/justice/4191960-20251217-pedophilie-huit-ans-apres-mise-examen-aveux-religieux-renvoye-devant-justice-viols
Dates clés
La majorité des informations ci-dessous est tirée de d'un article du journal Le Monde.
- 1943 Naissance 🡵
- Coopération militaire à Gagnoa, en Côte d'Ivoire 🡵
- 1975 Il fait l'objet d'un signalement par un surveillant de nuit 🡵 de l'établissement privé Jeanne-Mance de Langres, en Haute-Marne, pour des faits qualifiés à l'époque d’« attentat à la pudeur ». Albert Maës, alors novice, enseignait l'anglais et le sport. Responsable de l'internat, il imposait, la nuit, attouchements et masturbations à des élèves 🡵
- 1976-1983 Selon le surveillant de nuit : « Ils ont décidé, plus haut, d'étouffer l'affaire. Et on a muté Maës en Afrique lors des vacances de Pâques 1976 » 🡵. Albert Maës part diriger durant sept ans le collège catholique de Man, en Côte d'Ivoire 🡵
- Bref passage par Abidjan 🡵
- ? - 1990 Il retourne à Gagnoa pour diriger le collège géré par sa congrégation jusqu'en 1990 🡵
- 1990-1992 Deux années en France, notamment « pour soigner ses problèmes avec l'alcool » selon ses propres termes 🡵
- 1992-2002 En Guinée, dans le diocèse du Cardinal Robert Sarah (qui quitte le diocèse en 2001), il est directeur de Sainte-Marie, le plus prestigieux établissement de Guinée après le lycée français. Egalement éducateur sportif, il reprend dès son arrivée le club de Dixinn, quartier pauvre de la capitale guinéenne, rebaptisé FC Séquence 🡵
- 2002 Il quitte la Guinée immédiatement après avoir été dénoncé par un mineur, avant que la justice puisse l'entendre 🡵. Il réside depuis à l'Ehpad Paradis d'Espaly-Saint-Marcel, à côté du Puy-en-Velay 🡵
- 2003 Marcel Chapel, le supérieur de la congrégation, envoie un premier signalement au procureur de la République de Mende. Un courrier adressé en lettre simple, jamais parvenu au greffe 🡵
- 2010 Le frère Joseph Court, successeur de Marcel Chapel, dit s'étonner que la justice n'ait donné aucune suite. Il fait valoir l'envoi d'une relance, mais toujours par le biais d'une lettre simple, jamais parvenue au greffe 🡵
- 2016
- Lorsque les journalistes de « Cash Investigation » prennent contact avec la congrégation à Lyon, en 2016, c'est la panique. Le supérieur provincial de l'époque, le frère Joseph Court, se contente alors d'exiger l'arrêt des virements Western Union, sans mener davantage d'investigations. Lorsque l'ampleur des transferts d'argent est révélée par l'enquête de police en 2017, aucune plainte pour détournements de fonds n'est déposée par les frères du Sacré-Cœur 🡵
- Le frère Joseph Court envoie une relance, cette fois-ci par courrier en recommandé avec accusé de réception, laquelle parvient aussitôt à destination 🡵
- L'équipe de « Cash Investigation » semble abandonner après une brève correspondance. C'est le soulagement : ils « semble[nt] laisser tomber… un élément positif, écrit Mgr Luc Crepy dans un courriel de début juillet 2016, que Le Monde a pu consulter. Espérons que l'affaire s'arrête ici pour vous » 🡵
- 2017
- Médiatisation du passé du Frère Albert Maës par l'enquête de Cash Investigation « Pédophilie dans l'Église. Le poids du silence »
- Mis en examen en France pour « agressions sexuelles et viols sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité » 🡵
- Deux Guinéens déposent plainte devant la justice française 🡵
- La police française découvre que le religieux a effectué, de son compte personnel, 811 virements à au moins quarante jeunes et adultes différents pour un total de 110 595 euros, entre 2007 et 2016. Au Mali, en Guinée, au Sénégal, en Côte d'Ivoire et jusqu'en Tunisie. Impossible de savoir combien, avant cette date, a été dépensé 🡵
- « Mgr Crepy tient à manifester aux victimes de Guinée Conakry, toute sa compassion face aux abus graves et déshumanisants qu'elles ont subis et leur dire combien il souhaite que toute la vérité soit faite par le travail actuel de la justice » 🡵
- 2019 Condamné pour abus de confiance au préjudice d'une grosse association dans laquelle il était bénévole en Afrique. Accusé d'avoir pioché dans les comptes de l'association de 2007 à 2016, pour un montant estimé à 67 000 euros, il est condamné à six mois de prison avec sursis et une interdiction d'exercer la fonction de trésorier au sein de son association pendant cinq ans 🡵
- 2025 Le père Albert Maës est renvoyé devant une cour criminelle pour des viols et agressions sexuelles sur mineur commis en Guinée. Aucune date de procès n'est alors fixée 🡵
Missionnaires du Sacré-Cœur
- https://www.issoudun-msc.com/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Missionnaires_du_Sacr%C3%A9-C%C5%93ur_de_J%C3%A9sus
- https://www.diocese-bourges.org/diocese/vie-consacree/les-communautes-religieuses-apostoliques/missionnaires-sacre-coeur-issoudun/
- https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/05/24/en-guinee-je-me-suis-senti-pousser-des-ailes-je-pouvais-abuser-itineraire-d-un-religieux-pedocriminel-entre-la-france-et-l-afrique_6235208_3212.html
- https://www.youtube.com/watch?v=0-YvIB63nHU
- https://www.estrepublicain.fr/faits-divers-justice/2025/04/01/enfant-il-a-ete-agresse-sexuellement-par-un-pretre-ce-medecin-ne-peut-pas-tourner-la-page
Les Missionnaires du Sacré-Cœur (MSC) ont été fondés par le Père Jules Chevalier le 8 décembre 1854, fête de l'Immaculée Conception. Leur fondateur (1824-1907) leur a donné pour devise et donc pour mission qu’« Aimé soit partout le Sacré-Cœur de Jésus » 🡵.
Frère Albert Maës
La majorité des informations ci-dessous est tirée de d'un article du journal Le Monde.
Né en 1943, frère Albert Maës fait l'objet d'un premier signalement en France dès 1975 pour des agressions sexuelles sur des élèves d'un internat de Haute-Marne. Malgré la gravité de ces faits, il est transféré à sa demande en Afrique l'année suivante. De 1976 à 1990, il poursuit sa carrière en dirigeant plusieurs établissements scolaires catholiques en Côte d'Ivoire, avant de rentrer brièvement en France pour soigner ses problèmes d'alcoolisme.
À partir de 1992, il est affecté en Guinée où il dirige la prestigieuse école Sainte-Marie ainsi qu'un club de football dans un quartier défavorisé. Il quitte précipitamment le pays en 2002, juste après avoir été dénoncé par un mineur. Pendant de nombreuses années, il n'est pas inquiété : ses supérieurs effectuent deux signalements à la justice (2003 et 2010) par courrier simple, lettres qui n'arriveront jamais au greffe du tribunal. Ce n'est qu'en 2016, alors que la congrégation a été approché par des journalistes de Cash Investigation qu'un signalement sera effectué par lettre recommandée avec accusée de réception. Cette fois-ci, la lettre est bien reçue.
En 2017, l'affaire éclate au grand jour avec la diffusion de l'enquête de Cash Investigation « Pédophilie dans l'Église. Le poids du silence », ce qui entraîne sa mise en examen après un dépôt de plainte. L'enquête de police met alors au jour des malversations financières : Albert Maës a détourné des dizaines de milliers d'euros (ce qui lui vaut une condamnation en 2019) et effectué plus de 800 virements bancaires vers plusieurs pays d'Afrique.
En 2025, il n'est toujours pas jugé pour les viols et agressions sexuelles commis en Guinée.
Un prêtre non nommé
Né à Morteau en 1942, il a été condamné en mai 2008 par le tribunal de Châteauroux pour des faits remontant à 1990 à un an de prison avec sursis, deux ans de mise à l'épreuve, un suivi de soins, 1500 euros en dommages. Il a été radié de la prêtrise par le pape en septembre 2015, à l'âge de 73 ans, et a vu l'annulation de sa charge. Il est aussi inscrit, par jugement du 7 mai 2008, au fichier judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles 🡵.
Voir aussi :