L'Espagne aussi a eu ses « Magdalene laundries »

<<   Semaine du 9 au 15 février 2026 (article 10/17)   >>

L'Espagne aussi a eu ses « Magdalene laundries »

Ce témoignage lève le voile sur une réalité peu connue.

Espagne (7)

Pendant 40 ans, jusqu'en 1985, des milliers d'adolescentes ont été enfermées dans des foyers religieux en Espagne : les foyers du Patronato de protección de la mujer (« Conseil pour la protection de la femme »). Cette institution publique a été fondée au début du XXe siècle et récupérée en 1941 par le dictateur Franco. Elle ne fermera que 10 ans après sa mort. Ce système était organisé par le ministère de la Justice et soutenu par des congrégations religieuses, en particulier les Adoratrices et les Oblates.

Comme les blanchisseries des Magdalene laundries en Irlande, vous avez été soumises au travail forcé.

D'abord, on nous réveillait très tôt pour les premières prières. En 15 min, nos lits et notre toilette devaient être faits et irréprochables. Puis nous partions à la messe, le ventre vide. Hormis le pain tiède du petit déjeuner, la nourriture était répugnante et nous avions souvent faim. Nous passions une grande partie de la journée à nettoyer le couvent car la propreté était une obsession pour les sœurs et tout devait briller.

Après avoir frotté à s'en faire mal aux pieds et aux mains, on travaillait dans les ateliers gratuitement. Nous brodions des nappes, des costumes de torero, des chasubles de prêtre ou des vêtements pour de grandes marques. Nous avions aussi trois heures de classe mais ce n'était pas la priorité des religieuses. Les filles qui rentraient sans savoir lire ressortaient tout aussi illettrées.

Les mauvais traitements étaient-ils différents selon les foyers ou les profils ?

Dans tous les foyers, il y avait du travail forcé car les religieuses vivaient de cela. Il y avait les cellules d'isolement ou celles dans lesquelles on ne pouvait se tenir debout ni s'asseoir. Dans certains endroits, les châtiments corporels étaient fréquents mais il était essentiellement question d'abus psychologiques.

Pour déstabiliser les plus rebelles, on les envoyait dans un autre foyer plus strict, n'importe où en Espagne, pour qu'elles supplient de retourner dans leur centre d'origine. Beaucoup de camarades se sont suicidées par désespoir de vivre dans ces conditions. Moi aussi, j'ai essayé. Il n'y avait aucune compassion de la part des sœurs. Au contraire, il fallait nous casser et briser notre personnalité. Dans mon cas, elles n'ont pas réussi.

La Vie