Collège Rambaud, à La Brède : une enquête ouverte pour violences physiques et sexuelles

<<   Semaine du 9 au 15 février 2026 (article 3/17)   >>

Collège Rambaud, à La Brède : une enquête ouverte pour violences physiques et sexuelles

Les victimes dénoncent une violence systémique. Les faits remontent aux années 70.

Collège Rambaud, à La Brède (1) Diocèse de Bordeaux (7) Enseignement privé catholique (198) Institut Notre-Dame de Vie (3)

Le collège Rambaud était de 1959 à 1967 dirigé par André Bord, très proche de l'Institut Notre-Dame de Vie. En 1967, le collège est racheté par la branche masculine laïque de Notre-Dame de Vie qui en aura la tutelle de 1967 à 1981, M. Dubois assurant sur cette période la fonction de directeur 🡵.

Le parquet de Bordeaux a ouvert une enquête pour violences physiques et sexuelles suite à plusieurs plaintes et au signalement de la direction diocésaine de l'enseignement catholique de Gironde. Les victimes dénoncent une violence systémique et, dans un cas, des viols et agressions sexuelles. Les faits remontent aux années 70 🡵.

Le récit d'Arnaud, élève dans les années 70, est particulièrement glaçant. Isolé familialement, il raconte avoir subi l'enfer pendant deux ans de la part du surveillant général : fessées, fellations forcées, viols digitaux le tout sous la menace de l'autorité religieuse. D'autres élèves dénoncent les agressions sexuelles d'un autre surveillant allant de frottements dans la bibliothèque à des scènes d'exhibitionnisme et d'incitation à la violence sexuelle entre élèves lors de sorties scolaires.

Au-delà des violences sexuelles, c'est un système de terreur physique généralisé qui est décrit. Le directeur de l'époque est dépeint comme une brute projetant les élèves contre le mobilier métallique de son bureau.

Révolution Permanente

« C'était une usine à casser les petits garçons »

« La première fois, je me souviens très bien, je parlais de ma communion à venir avec un camarade au petit-déjeuner, le surveillant m'a demandé pourquoi je parlais, car c'était interdit, et il m'a frappé. C'était ma première gifle et le début d'une longue série », détaille l'ancien pensionnaire. Il explique qu'à chaque correction, les élèves devaient se lever, mettre les mains derrière leur dos et se laisser gifler. « Pour des gamins de 10 ou 11 ans, c'était très violent », souffle l'homme.

Il fallait être, en somme, l'enfant parfait, calme, silencieux, bon élève se souvient Pierre Debacq, sinon, à la remise du carnet de notes et de discipline chaque fin de semaine, c'était la correction assurée. « On prenait une, deux, trois baffes et si on regardait avec défiance, si on était arrogant, par simple amour-propre en fait, on en prenait deux ou trois de plus », se souvient-il.

[…]

« Pour un enfant, subir ces humiliations c'est un monde qui s'écroule » explique l'ancien de Rambaud qui regrette que ses parents n'aient jamais voulu le croire, « ils me disaient que c'était pour mon bien ». Il se rappelle être devenu mauvais élève, comme beaucoup d'autres,« vous n'êtes plus en mesure de travailler quand la moindre faute est sanctionnée, vous perdez vos repères, vous perdez confiance en vous ». Et il se souvient de son meilleur ami, Philippe, qui a mal tourné. « Il est mort d'excès de substances » confie-t-il les larmes aux yeux. « Lui, il se prenait les coups des pions et du directeur mais aussi de son père qui était prévenu par l'école. Je le revois encore lui courir après pour le frapper ». « C'était une violence institutionnalisée qui a cassé des projets, qui a cassé des petits garçons », abonde-t-il.

France 3

L'une des plaintes concerne sept personnes

ICI Gironde : Vous avez envoyé un courrier recommandé au procureur la semaine dernière. Qui votre plainte vise-t-elle ?

Arnaud Fusté-Lambezat : Elle concerne sept personnes. D'abord le directeur de l'établissement de l'époque, qui était alors professeur de mathématiques. Lui ne se contentait pas de donner des claques, il nous envoyait valdinguer sur des tables quand il nous frappait. L'infirmière scolaire, aussi, pour ce qu'on pourrait considérer aujourd'hui comme « non assistance à personne en danger ». Je me souviens que, mes parents ne s'étant pas beaucoup occupé de moi, je n'avais jamais mis les pieds chez le dentiste. J'avais des caries partout et elle me disait : « Mal aux dents ? Dehors, dégage. »

J'ai aussi porté plainte contre le surveillant général de Rambaud, qui m'a agressé sexuellement et violé à plusieurs reprises pendant ma dernière année au collège, quand j'avais seize ans. Et enfin contre quatre surveillants qui étaient violents.

ICI Gironde

Le maire de La Brède, ancien pion, accusé de violences, se défend

« Oui des paires de tartes on en a donné » reconnaît Michel Dufranc. L'ancien pion du collège, qui avait pris ce job pour payer ses études de droit, est aujourd'hui maire de La Brède, la commune où est installé l'établissement incriminé. « Je n'ai pas quitté les lieux moi, je suis toujours là, je croise parfois des anciens élèves et personne ne m'a jamais reproché de violences systémiques », avance l'édile.

[…]

Pierre Debacq, lui, se souvient d'un Michel Dufranc qui « faisait mal », il y a cinquante-cinq ans. « Il a été l'un des premiers à me frapper parce que j'avais dérobé une grappe de raisins dans la vigne d'à côté ». Arnaud Fusté Lambezat évoque, lui, des humiliations permanentes de la part de ce jeune surveillant qui, par ailleurs, écoutait des chants nazis dans sa chambre. « Il était fasciné par Hitler et le troisième Reich ». Ce dont se défend fermement le maire de La Brède. « J'avais des disques, c'étaient des collections historiques, c'était de la musique militaire et des chants de différentes périodes. Je les écoutais chez moi et pas dans le dortoir », rétorque Michel Dufranc.

France 3

Informations complémentaires