Abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique à Reims : communiqués de collectifs de victimes et du diocèse

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Abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique à Reims : communiqués de collectifs de victimes et du diocèse

Il est prévu qu'un appel à témoignages soit lancé par le diocèse.

Père Peter Meulendijks (3) Père Daniel Prot (5) Père Jean-François Pinard (3) Les 3P (5) Mgr Éric de Moulins-Beaufort (18) Diocèse de Reims (7)

Communiqué de l'association Éclats

Remarque : l'association ECLATS est également intervenue à la radio. Les interventions peuvent-être écoutées sur le site Internet de ICI Champagne-Ardenne :

Reims, le 9 février 2026

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique à Reims : des décennies de violences, des archives détruites et un silence institutionnel persistant

Malgré la disparition des archives, l'association ECLATS a pu exhumer cette photographie présentant un animateur déguisé en soldat nazi lors d'une colonie dirigée par un prêtre à Pouillon et regroupant des enfants placés par la DDASS. Elle révèle le climat de violences et d'abus qui régnait dans ce centre de vacances confirmé par les témoignages des enfants qui y ont séjourné.

À Reims et dans les Ardennes, des abus sexuels sur enfants ont été commis pendant plus de soixante ans dans le cadre des activités de l'Église catholique. Malgré quelques articles dans la presse locale, l'ampleur réelle des faits demeure largement ignorée.

L'association Éclats Reims, créée par des victimes aujourd'hui âgées de 50 à 65 ans, accompagne environ 30 victimes d'agressions sexuelles commises entre 1950 et 1990. Ce chiffre est très largement sous-estimé.

Les faits concernent notamment trois prêtres aujourd'hui décédés – Daniel Prot, Peter Meulendijks et Jean-François Pinard – ayant exercé entre les années 1960 et 2020 à Reims et dans les Ardennes. Les violences rapportées sont extrêmement graves et répétées : viols, agressions sexuelles, violences physiques et psychologiques, emprise, voyeurisme, exhibition, soumission chimique, prises de photographies à caractère pédopornographique.

Ces actes ont eu lieu dans toutes les activités liées à l'Église : colonies de vacances (Association Le Sourire de Reims et Pouillon), activités scoutes, écoles maternelles et élémentaires, catéchisme, enfants de chœur, retraites de communion, foyer de la DASS « Bethléem-Saint-Rémi ».

Plusieurs victimes ont été reconnues par la justice, malgré la prescription, et plusieurs ont été reconnues et indemnisées par l'INIRR (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et Réparation).

Points particulièrement préoccupants

•⁠ Refus d'appel à témoins
L'archevêque de Reims, Éric de Moulins-Beaufort, ancien président de la Conférence des évêques de France et acteur de la création de la CIASE, refuse catégoriquement de lancer un appel public à témoignages, contrairement à ce qui a été fait dans d'autres diocèses. Ce refus empêche de nombreuses victimes de comprendre leur histoire, d'accéder à des soins et à une indemnisation.

•⁠ ⁠Destruction des archives
L'association constate la disparition quasi totale des archives : listes d'élèves, photos de classe, documents des colonies de vacances et des Scouts de France, dossiers de prêtres pourtant signalés dès le séminaire et déplacés à plusieurs reprises.

•⁠ Conséquences humaines majeures
Les victimes présentent des troubles psychotraumatiques sévères, des amnésies, des maladies chroniques, des addictions, un isolement social important. Plusieurs suicides ont été rapportés.

Aujourd'hui, ce sont les victimes elles-mêmes qui accueillent et soutiennent les nouveaux témoins, en partenariat avec France-Victimes-Le Mars, sans aucune aide de l'Église locale.

Pourquoi un relais national est indispensable

De nombreuses victimes ont quitté Reims et les Ardennes depuis des décennies. Seule une exposition médiatique nationale peut permettre de briser le silence, d'atteindre les victimes invisibles et de documenter l'ampleur réelle de ces affaires. L'association Éclats Reims (60 adhérents) est disponible pour transmettre témoignages, documents, décisions judiciaires et éléments chronologiques aux journalistes souhaitant enquêter.

Contact presse :
Association Éclats Reims - Président de l'association : Guillaume Gellert
Tél. : 07 54 76 96 48
Mail : eclatsreims@gmail.com
Site internet : https://coabusesreims.wixsite.com/victimesprotreims

Communiqué du collectif Voix Libérées

Ce communiqué est publié en soutien à celui du collectif Éclats Reims (voir ci-dessus).

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Collectif Voix Libérées
11 février 2026

Soutien au collectif Éclats Reims
Pour un appel public à témoins immédiat dans le diocèse de Reims

Le collectif Voix Libérées apporte son soutien total et sans réserve au collectif Éclats Reims, qui œuvre avec courage pour faire émerger la vérité sur des décennies de violences sexuelles commises sur des mineurs dans le diocèse de Reims et dans les Ardennes.

Les faits documentés par Éclats sont d'une gravité extrême : viols, agressions sexuelles, violences physiques et psychologiques, emprise, soumission chimique, prises d'images pédopornographiques. Ces crimes se seraient étendus sur plus de soixante ans, dans des cadres aussi variés que les colonies de vacances, les activités scoutes, les établissements scolaires, le catéchisme ou les foyers accueillant des enfants placés.

Plusieurs victimes ont été reconnues par la justice et par l'Inirr. Pourtant, l'ampleur réelle des faits demeure largement méconnue. De nombreuses victimes restent silencieuses, parfois à l'autre bout du pays, parfois encore sous l'emprise du traumatisme.

Un refus incompréhensible et contraire aux engagements pris

Dans ce contexte, le refus de l'archevêque de Reims de lancer un appel public à témoins constitue un obstacle majeur à la manifestation de la vérité.

Dans de nombreux diocèses, des appels à témoins ont permis :

  • de révéler l'existence de victimes jusque-là isolées,
  • de rompre le sentiment d'abandon,
  • de faciliter l'accès aux soins et aux dispositifs de réparation,
  • d'établir des faits que les archives – parfois détruites – ne permettent plus de documenter.

Refuser un appel à témoins, c'est maintenir le silence.
Refuser un appel à témoins, c'est laisser des victimes seules avec leur histoire.
Refuser un appel à témoins, c'est empêcher que la lumière soit faite.

Ce refus est d'autant plus incompréhensible qu'il émane d'un évêque ayant exercé des responsabilités nationales majeures au moment de la reconnaissance institutionnelle des abus dans l'Église.

La destruction des archives renforce l'urgence

Les informations portées à la connaissance du public font état d'une disparition massive d'archives : listes d'élèves, photographies, dossiers de prêtres signalés et déplacés.

Lorsque les archives manquent, la parole des victimes devient la seule archive vivante.

Dans ce contexte, l'appel à témoins n'est pas une option.

Il est une nécessité morale et institutionnelle.

Ce que nous demandons

Le collectif Voix Libérées demande :

  1. Le lancement immédiat d'un appel public à témoins dans le diocèse de Reims.
  2. Une communication officielle claire et largement diffusée.
  3. La mise en place d'un accompagnement indépendant pour les personnes qui se manifesteront.
  4. Un engagement public de transparence sur l'état des archives et les responsabilités institutionnelles.

La vérité ne peut dépendre de la bonne volonté locale

Lorsque des victimes doivent elles-mêmes se substituer à l'institution pour accueillir et soutenir les nouveaux témoignages, cela révèle une carence grave.

La reconnaissance ne peut être partielle.
La réparation ne peut être sélective.
La vérité ne peut être conditionnée.

Nous appelons les médias nationaux à relayer la situation de Reims afin que toutes les victimes, où qu'elles se trouvent aujourd'hui, puissent entendre qu'elles ne sont pas seules.

Le collectif Voix Libérées restera aux côtés du collectif Éclats Reims et de toutes les victimes qui demandent simplement que la lumière soit faite.

Pour que le silence cesse.
Pour que la parole circule.
Pour que la vérité advienne.

Contact presse :
Voix Libérées (www.voixliberees.fr)
Email : pcantores37@gmail.com
Téléphone : 06 74 63 69 45

Collectif Voix Libérées

Communiqué du diocèse de Reims et des Ardennes

A Reims, le 11 février 2026

Communiqué du diocèse de Reims et des Ardennes

Depuis 2016, le diocèse de Reims comme tous les diocèses de France a entrepris, grâce à des personnes victimes qui sont venues rencontrer la cellule d'écoute mise en place, un travail de vérité. Tous les témoignages ont été transmis par le diocèse lui-même à la justice qui a fait les enquêtes qu'elle a jugées nécessaires.

Les fondateurs de l'association Eclats avaient été reçus par la cellule d'écoute lorsqu'ils l'ont demandé et il a toujours été répondu à leurs questions concernant leurs agresseurs, dans la mesure de ce que le diocèse pouvait connaître. Il est vraisemblable que toutes les personnes qui ont pu être victimes d'un prêtre du diocèse n'ont pas encore parlé.

C'est pourquoi la cellule d'écoute du diocèse se tient toujours à leur disposition. Elle s'est renouvelée et ses membres se forment pour les recevoir au mieux. Il est compréhensible que certaines personnes ne souhaitent pas s'adresser au diocèse et se tournent donc directement vers l'INIRR (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation créée par les évêques de France en 2021) ou vers une association comme Éclats. Mais la cellule d'écoute, comme cela a été dit à plusieurs reprises dans les journaux locaux, se tient toujours à leur disposition.

Sollicité par Ici Champagne Ardennes, le diocèse ne peut que regretter que le communiqué transmis ce jour à Ici Champagne Ardennes par l'association Éclats télescope des faits (violences, destruction d'archives, silence institutionnel) sans les mettre en perspective historique et mentionne trois noms de prêtres comme si les faits les concernant étaient établis de la même façon.

Le communiqué mentionne des faits : soumission chimique, prise de photographies pédopornographiques, dont le diocèse n'a aucune connaissance.

Le diocèse n'a connaissance d'aucune destruction d'archives faite pour dissimuler des faits à la justice. Les archives sont parcellaires parfois. Les faits d'agression mentionnés n'étaient pas connus, la plupart n'ont été dénoncés qu'à une date récente. Encore une fois, tous ceux qui ont été connus ont fait l'objet d'un signalement.

Enfin, l'archevêque a organisé à deux reprises des conférences de presse, la dernière le 30 avril 2025, au cours desquelles il a répondu à toutes les questions qui lui avaient été posées.

En septembre 2021, le diocèse avait fait jouer la pièce « Pardon ? » à Reims et à Charleville-Mézières et une vidéo avait été présentée à Fismes, à Givet et à Pouru-Saint-Remi.

Chaque année, la journée de prière pour les personnes victimes de violences sexuelles dans l'Église a fait l'objet d'une communication et a été ouverte à tout public. La prochaine aura lieu le jeudi 12 mars 2026, à 20h, à l'église Saint-Maurice à Reims.

Enfin, il est prévu qu'un appel à témoignages soit lancé dans un prochain hors-série de la Lettre d'information du diocèse à destination de tous les diocésains. L'association Eclats en a été averti, le texte de cet appel à témoignages lui a été soumis et elle a été invitée à se présenter dans ce document.

L'association Eclats est invitée depuis deux ans à rencontrer le Conseil de Vigilance du diocèse ainsi qu'à la réunion annuelle de préparation du temps de prières pour les victimes.

Le diocèse de Reims redit sa détermination à accueillir les personnes victimes, à recevoir leur témoignage, à mettre au jour les faits commis par des prêtres qui seraient mis en cause et à le faire en toute transparence à l'égard de la justice de notre pays. Il sait combien les violences sexuelles subies dans l'enfance peuvent engendrer de souffrances et de traumatismes et il souhaite contribuer à leur reconnaissance et à la réparation grâce à l'instance mise en place.

Il redit sa disponibilité à travailler avec l'association Éclats qui l'a sollicité il y a quatre jours pour mettre en place un soutien psychologique aux personnes victimes.

Contact de la cellule d'écoute du diocèse de Reims et des Ardennes : cellule@ecoute.info

Contact de l'Instance nationale Indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) : secretariat@inirr.fr

Diocèse de Reims et des Ardennes

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