Frères des écoles chrétiennes : une avalanche de témoignages

<<   Semaine du 2 au 8 février 2026 (article 10/17)   >>

Frères des écoles chrétiennes : une avalanche de témoignages

Gravement mise en cause, la congrégation a fait paraître deux communiqués de presse.

Frères des écoles chrétiennes (7) Enseignement privé catholique (191)

Création d'un collectif de victimes

« La congrégation ne veut pas reconnaître ses responsabilités et c'est ce que nous souhaitons dénoncer », conclut-il. La congrégation « se limite à une posture de compassion protocolaire et d'indemnisation dérisoire, quand ce n'est pas un mutisme complet », dénonce aussi le collectif. Il lui demande de reconnaître « catégoriquement que son projet éducatif fondé sur la violence et la terreur est un projet inacceptable qui ne respecte pas les droits fondamentaux de la personne humaine » et d'ouvrir « sans restriction les archives pour identifier les complicités hiérarchiques ».

Le collectif de victimes demande à la congrégation des Frères des écoles chrétiennes de lancer « un appel à témoignage pour libérer la parole des victimes » et de créer « un fonds de réparation de 100 millions d'euros, à la hauteur du préjudice réel (vies professionnelles entravées, soins à vie, préjudices affectifs et relationnels) et du nombre de victimes ».

France Info

Pour contacter le collectif : victimes.lasalliens@gmail.com et le Groupe Facebook 🡵

Quelques témoignages

« Je me souviens du prêtre qui venait au moment de la confession, deux fois par semaine. Je me souviens de son odeur, de ses mains sur mes cuisses et de ses questions : « Est-ce que tu penses à jouer avec les zizis de tes camarades ? Est-ce que tu penses au sexe de ta sœur ? » » 🡵

Collège Saint-Genès de Talence

Pour Patrice*, 58 ans, l'enfer va débuter dès son entrée au collège Saint-Genès de Talence, à la fin des années 70. Durant sa 6e, le frère Jean, un religieux qui travaillait au sein de l'établissement, « appâte » Patrice dans son studio, prétextant vouloir lui montrer sa collection de timbres. Il va alors subir ce qui sera le premier d'une longue série de viols. « Il me déshabillait, me faisait des fellations. Je devais me retourner et il se masturbait sur mes fesses », relate Patrice, la voix brisée par les larmes.

France3

Jean-Baptiste-de-la-Salle à Rouen

Il a été inscrit par ses parents en 1958 à l'école Jean-Baptiste de la Salle, il avait sept ans, et il explique que les violences ont commencé immédiatement, dans la cour. « Il n'y avait aucune surveillance à l'époque. Le petit bout de chou de sept ans que j'étais était torturé, ficelé avec des cordes, pendu par les pieds. On mettait un bol sous ma tête : c'est comme ça qu'ont tuait les lapins dans les fermes normandes à l'époque. Les deux grands [élèves] dans la cour approchaient leur couteau de boucher pour m'arracher les yeux. C'était pour moi terrible, je faisais mes besoins instantanément dans ma culotte, j'étais terrorisé. C'est à cette époque que j'ai été tué. Ça a duré deux ans, à raison de deux fois par mois, c'est horrible. »

Selon lui, les adultes n'intervenaient pas et entretenaient la violence qu'il décrit comme « institutionnalisée ». Lui n'a pas été victime de sévices sexuelles, c'est aussi ce qui lui permet de témoigner à visage découvert. Cela l'a aussi encouragé à fonder le collectif de victimes. Il rapporte des témoignages d'agressions sexuelles dans son établissement de Rouen, et dénonce des aumôniers, un cuisinier…

ICI Normandie

Ou cet autre élève du même âge, qui doit rester anonyme puisque la Congrégation l'a indemnisé en échange de son silence. Il se souvient comme si c'était hier de l'odeur d'urine et de fumée de Gauloises du frère qui le violait. Des victimes pétrifiées, sur qui ces prédateurs maintenaient une pression permanente. « J'ai fait une fugue du pensionnat », se souvient Pierre. « Je suis rentré chez mes parents, j'ai reçu une rouste. Et je suis retourné à Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle avec mon père, là-bas j'ai repris une rincette, et un frère m'a dit, quand mon père est parti : ‘J'espère, Pierre, que tu n'as rien dit à tes parents, parce que c'est un secret entre Dieu, toi et moi’. On avait peur de ces hommes-là, avec leur chasuble et leur collerette blanche… Quand ils traversaient la cour, on les regardait en biais. »

ICI Normandie

Jean-Baptiste-de-la-Salle à Reims

Alors qu'il exerçait au lycée Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle, la relation « troublante » qu'il entretenait avec plusieurs de ses élèves avait attiré l'attention de sa hiérarchie, jusqu'à un signalement au procureur. Ce mardi 20 janvier 2026, le père de famille a été reconnu coupable de corruption de mineurs, agression sexuelle et détention d'images pédopornographiques.

[…]

l'ancien enseignant a été condamné à trente mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, obligation de travail et de soins. Il a aussi l'interdiction de contacter les victimes et celle, définitive, d'exercer toute activité impliquant un contact avec des mineurs. Son nom est désormais inscrit au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. Enfin, il devra indemniser les trois lycéennes et leurs parents pour leur préjudice moral.

L'union

En Lozère

« Ce que j'ai subi, je ne l'avais pas vraiment oublié, mais mis de côté », confie-t-il à ICI Gard Lozère. Les premières violences décrites par Éric sont physiques et humiliantes : coups de bâton sur les doigts, claques, objets jetés à la tête, punitions dégradantes. « Le dernier à ranger son cahier prenait un coup. Le premier avait droit à un bonbon », raconte-t-il.

Puis viennent des faits d'une extrême gravité. « J'ai été violé. Je ne sais pas si c'était à plusieurs reprises, c'est très compliqué de me rappeler. Il y a eu des fellations forcées et des attouchements ».

L'auteur présumé de ces faits, un religieux, est décédé en 1990. Éric se souvient qu'il n'est resté qu'une seule année dans l'établissement. « On m'avait dit qu'il était malade. Aujourd'hui, je me demande s'il n'a pas été déplacé ».

ICI Gard Lozère

École La Salle Saint-Jean, à Perpignan

Son fils dit « avoir vu plusieurs de ses camarades se faire violenter », explique Barbara, « un de ses copains violemment poussé par l'enseignante. Il est tombé en arrière sur le sol et il a pleuré. » Barbara contacte alors d'autres parents d'élèves. Leurs enfants évoquent « des violences », « des insultes » mais aussi « des humiliations ». Barbara est reçue par la direction de l'établissement en janvier 2025.

Mais les violences persistent, selon elle, après quelques semaines de répit. Le 7 juin 2025, Barbara décide d'alerter la direction académique. Elle adresse un courrier détaillé, avec copie au rectorat. Deux autres parents envoient également un signalement écrit. L'enseignante est actuellement toujours en poste, selon Barbara. Contactée, la direction de l'établissement renvoie vers le rectorat, en charge du dossier.

Le rectorat précise à ICI Roussillon que « sur la base du rapport produit par l'Inspectrice de l'Éducation nationale en juillet 2025, l'enseignante a été reçue par le directeur des ressources humaines du rectorat de l'académie de Montpellier en septembre 2025 afin de donner sa version des faits » et qu’« une procédure disciplinaire a été engagée en décembre 2025 ».

France Info

Démarche de réparation

La congrégation, « consciente (…) de la responsabilité qui lui incombe », a mis en place depuis 2014 une cellule d'écoute, chargée de recueillir des signalements et « d'accompagner » les victimes, écrit son avocat, Matthias Pujos, dans un communiqué dimanche soir.

Elle a enregistré à ce jour « 72 saisines », dont 70 ont déjà permis le versement d'une indemnité financière, « pour un montant total de 2.434.882 euros », conformément aux recommandations de la Commission reconnaissance et réparation (CRR) mise en place par l'Église.

BfmTV

Communiqués de la Congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes

Paris, le 1er février 2026

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

1. La Congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes tient, en tout premier lieu, à redire avec gravité et respect sa pensée la plus profonde à l'égard de toutes les personnes qui ont été victimes, par le passé, de violences, d'abus ou d'atteintes psychologiques ou sexuelles commises par des membres de l'institution La souffrance des victimes est une réalité qui ne peut ni ne doit être minimisée, et leur parole mérite écoute, reconnaissance et considération.

Consciente de la gravité de ces faits et de la responsabilité qui lui incombe, la Congrégation a fait, depuis 2014, de la prévention et de la lutte contre toutes les formes d'abus une priorité absolue.

2. Dès 2014, soit bien avant la mise en place de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE), elle a créé une cellule d'écoute dédiée (composition mixte, laïcs et membres de la Congrégation), compétente pour examiner les situations mettant en cause des Frères de la Congrégation, spécifiquement chargée de recueillir les signalements, d'accompagner les personnes qui se manifestent et de mettre en œuvre des démarches de reconnaissance et de réparation dans une logique de « Justice restaurative ».

3. Depuis sa création, cette cellule d'écoute est active. Elle reçoit et traite des signalements qui lui sont adressés soit directement à l'adresse email qui lui est dédiée (ecoutevictimes@lasallefrance.fr), soit par l'intermédiaire des cellules d'écoute des Diocèses concernés ou encore, par l'intermédiaire de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR).

Chaque situation portée à sa connaissance fait l'objet d'une attention rigoureuse, dans un souci constant d'écoute, de discernement et de responsabilité.

4. C'est dans ce cadre que la Congrégation procède systématiquement à un signalement auprès des autorités de police ou judiciaires dès lors qu'elle a connaissance de faits susceptibles de recevoir une qualification pénale qui aurait pu être commis par un Frère encore en vie, conformément aux obligations légales et à sa volonté constante de transparence et de coopération avec la Justice.

Depuis 2022, la Congrégation a ainsi directement effectué trois signalements en Justice, dont le dernier date du 15 décembre 2025, auprès des procureurs de la République de Besançon, Évry-Courcouronnes et Reims.

5. Lorsque les faits portés à sa connaissance mettent en cause un membre de la Congrégation, le Visiteur provincial n'hésite pas à adopter des mesures conservatoires strictes (suspension provisoire, interdiction de contact avec des élèves), dans l'attente des suites judiciaires données aux signalements.

6. Concernant les enseignants laïcs du réseau lassalien, le processus de signalement diffère.

En effet, chacun des établissements scolaires est individuellement soumis à la même obligation et procède, par l'intermédiaire de son chef d'établissement, à un signalement aux autorités de police ou judiciaires, en application du protocole mis en place entre l'Éducation Nationale et le Secrétariat Général de l'Enseignement Catholique (SGEC).

Compte tenu du délai particulièrement contraint imparti, il n'a pas été matériellement possible de procéder à un recensement exhaustif, auprès de la centaine d'établissements que comporte le réseau scolaire lassalien, des signalements en Justice qui ont été réalisés à l'égard de laïcs du réseau lassalien.

7. À ce jour, et preuve du sérieux avec lequel la Congrégation traite les situations d'abus portées à sa connaissance et qui auraient été commis par des membres religieux, 72 saisines de la cellule d'écoute de la Congrégation ont été enregistrées. Elles portent sur des faits qui auraient été commis des années 1950 jusqu'à 1980.

Sur ces 72 saisines, 70 ont d'ores et déjà conduit à la signature d'un protocole reconnaissant le caractère vraisemblable des accusations portées contre un membre de la Congrégation et ont permis le versement d'une indemnité financière, conformément au barème préconisé par la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR), pour un montant total de 2.434.882 euros.

Ces démarches ne s'inscrivent pas dans un processus de Justice pénale, mais relèvent d'une démarche de « Justice restaurative », telle que préconisée en 2021 par la CIASE, visant à reconnaître les souffrances subies et à contribuer à un processus de réparation.

8. La Congrégation a pris très au sérieux la constitution d'un collectif de plaignants et les témoignages qui lui sont attribués faisant état de faits qui auraient été commis, pour certains, il y a près de 60 ans. Elle ne dispose d'aucune information concernant la plainte qui aurait été déposée par ce collectif en novembre 2025.

La Congrégation regrette néanmoins que le représentant de ce collectif, à qui un rendez-vous avait été proposé, ait finalement annulé cette rencontre au dernier moment. Cette annulation a, de fait, interrompu tout échange engagé à ce stade.

La Congrégation demeure toutefois pleinement ouverte à la discussion et au dialogue. À ce jour, elle ne dispose d'aucun élément lui permettant d'identifier précisément la composition de ce collectif, ni les situations individuelles auxquelles il est fait référence.

Elle réaffirme néanmoins sa disponibilité pour rencontrer ses représentants, écouter les personnes concernées et examiner toute situation concrète qui serait portée à sa connaissance, dans un cadre respectueux et constructif.

La Salle France

Paris, le 05 février 2026

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

1. À l'occasion d'un entretien diffusé le 4 février 2026 par France Bleue ICI Normandie, M. Philippe AUZENET, co-fondateur d'un Collectif de victimes, a affirmé que :

  • « […] le réseau Lasallien […] ne veut pas comprendre, […] ne veut pas écouter ; […] ne veut pas réparer de manière intégrale. »
  • « […] on m'a écouté pendant 1 heure, puis plus de nouvelles pendant 10 mois […].

La Congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes (« Congrégation ») tient à redire, avec gravité, sa compassion et sa considération à l'égard de toutes les personnes ayant subi des violences dans ses établissements scolaires, parfois il y a plus de soixante ans. La souffrance exprimée par ces personnes est prise très au sérieux et ne fait l'objet d'aucune minimisation.

La Congrégation conteste toutefois vigoureusement les propos tenus lors de cette émission par cet invité qui prétend qu'elle refuserait d'écouter, de comprendre ou de réparer. Cela est totalement faux.

Depuis 2014, une cellule d'écoute de la Congrégation (ecoutevictimes@lasallefrance.fr) est chargée de recueillir la parole, d'examiner chacune des situations signalées et d'engager, le cas échéant, des démarches de reconnaissance et de réparation.

La cellule d'écoute a été saisie 72 fois, conduisant à 70 démarches de reconnaissance et de réparation par la Congrégation, assorties d'indemnisations pour un montant total de 2.434.882 euros, conformément au barème préconisé par la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR).

Concernant M. AUZENET, sa situation est unique parmi les signalements reçus par la Congrégation puisque ce dernier dénonce des actes de violences physiques commis contre lui en 1958-1959 par d'autres élèves de son école et non pas des abus commis contre lui par des adultes.

Pour autant, et alors même que les faits qu'il dénonçait en février 2025 ne relèvent a priori pas du champ de compétence de la cellule d'écoute dédiée aux seules situations mettant en cause des religieux de la Congrégation, celle-ci a néanmoins entendu la parole de M. AUZENET et engagé un échange avec lui, dès mars 2025, dans une démarche d'écoute et de responsabilité.

Le 27 mars 2025, une lettre de reconnaissance des violences commises contre lui par d'autres élèves de son école lui a même été adressée, attestant de la réalité de la prise en compte de sa parole et contredisant ainsi toute affirmation selon laquelle la Congrégation refuserait d'écouter, de comprendre ou de reconnaître les faits, même très anciens, qui lui sont signalés.

2. M. AUZENET a également affirmé à l'antenne :

« On demande la reconnaissance de leur responsabilité civile. On demande le refus de la prescription. Ils sont là pour nous dire c'est prescrit, allez, passez votre chemin. »

Les règles de prescription pénale relèvent exclusivement du législateur et s'imposent à tous. La Congrégation n'a ni le pouvoir ni la faculté de les écarter ou de les modifier.

C'est précisément pour surmonter l'obstacle juridique que constitue la prescription que la Congrégation s'est engagée, depuis plusieurs années, dans une démarche de « Justice restaurative ». Celle-ci permet l'écoute, la reconnaissance des souffrances et, lorsque les faits mettent en cause des membres de la Congrégation, l'indemnisation des personnes concernées selon un barème précis, y compris lorsque les faits sont pénalement prescrits.

Les 70 démarches de reconnaissance et de réparation depuis 2022 ayant donné lieu à des indemnisations pour un montant total de 2.434.882 euros constituent la preuve tangible que la Congrégation n'a jamais opposé la prescription pour refuser toute réparation. Les affirmations de M. AUZENET ne reflètent pas la réalité. La Congrégation a fait le choix assumé de reconnaître et de réparer, en dehors du cadre pénal, des faits souvent très anciens dès lors que ceux-ci mettaient en cause des membres de la Congrégation.

3. Enfin, il a affirmé :

  • « Je suis sûr qu'il y a un réseau pédo-criminel à l'intérieur des écoles Lasalliennes. »
  • « […] c'est dix fois plus grave que Bétharram »

La Congrégation réfute avec la plus grande fermeté toute affirmation faisant état de l'existence actuelle d'un quelconque « réseau » criminel au sein des établissements Lasalliens. La Congrégation a été informée du dépôt de plainte effectué en novembre 2025 et prend acte que le Parquet de Rouen est en charge des investigations. Elle apportera, comme elle l'a toujours fait, son entière coopération aux autorités judiciaires et demeure sereine quant aux conclusions de ces investigations, convaincue qu'elles démontreront l'absence actuelle de toute violence systémique et de tout « réseau » criminel au sein de ses établissements scolaires.

Les dérives et manquements de quelques individus, aussi condamnables soient-ils, ne peuvent en aucun cas justifier un amalgame généralisé jetant le discrédit sur l'ensemble des établissements du réseau Lasallien et sur les milliers de professionnels de l'éducation qui exercent quotidiennement leur mission avec conscience, dévouement et professionnalisme.

La protection des mineurs constitue la priorité absolue de la Congrégation.

La Salle France

Informations complémentaires