Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence : avant l'affaire Delignac, trois anciens membres de l'équipe éducative ont été condamnés par la justice
<< Semaine du 12 au 18 janvier 2026 >>
Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence : avant l'affaire Delignac, trois anciens membres de l'équipe éducative ont été condamnés par la justice
Des dossiers qui évoquent un continuum de violences sexuelles au sein de cette institution.
« Sud Ouest » a recensé 49 personnes ayant témoigné de violences sexuelles au cours des quarante dernières années et visant cinq possibles abuseurs. Parfois, les faits étaient prescrits et n'ont pas été poursuivis 🡵.
L'affaire qui secoue aujourd'hui l'établissement scolaire privé catholique Saint-Genès-La Salle, à Bordeaux, où un ex-instituteur, Gilles Delignac, est soupçonné de violences sexuelles sur 36 élèves, dont 17 viols, entre 2008 et 2023, n'est pas une première. Avant lui, un religieux, un responsable pédagogique et un professeur ont été condamnés par la justice, la plupart du temps à huis clos.
Sur les quarante dernières années, nous avons recensé a minima 49 victimes potentielles. Le parcours judiciaire des trois précédents abuseurs s'est achevé en 2002, ce qui questionne d'autant plus le manque de réaction de Saint-Genès lorsque, en 2011, une première alerte sur un comportement inadapté de Gilles Delignac est adressée à la direction.
[…]
Contactée sur ces précédents judiciaires, la direction diocésaine de l'enseignement catholique de Bordeaux n'a pas donné suite. La congrégation des Frères des écoles chrétiennes (cotutelle de Saint-Genès), qui gère 150 établissements catholiques privés en France, assure avoir, après 2002, « mis en place un dispositif d'écoute », « sensibilisé les directions » et « établi des procédures de remontées d'information ». Suffisant pour diffuser une culture de la prévention ? Ce mardi, la direction de Saint-Genès a acté que l'alerte visant Gilles Delignac en 2011 n'avait pas été traitée au niveau où elle aurait dû l'être. Depuis cette affaire qui a éclaté en 2023, l'établissement indique avoir « renforcé résolument ses pratiques en matière de prévention et de protection de l'enfance ».
Avant l'affaire Delignac, trois anciens membres de l'équipe éducative ont été condamnés par la justice :
- Frère Jean : condamné en 2002 à dix ans de réclusion pour les viols de deux fillettes et les agressions sexuelles de quatre autres. Sa hiérarchie, alertée, le laisse simplement changer d'établissement et continuer d'exercer pendant 13 ans jusqu'à sa condamnation consécutive aux accusations d'une autre victime.
- André Legay : condamné en 2002 (en appel) à cinq ans de prison avec sursis, mais uniquement pour atteinte sexuelle sur un seul mineur de 15 ans. Les autres faits dénoncés pendant l'enquête n'ont pas été poursuivis.
- Dominique Q. : condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme pour des agressions sexuelles sur une élève dans un local attenant à la salle informatique de l'établissement. Au cours de l'enquête, deux autres anciens élèves ont dénoncé des faits similaires à l'encontre du même professeur, mais ces derniers étaient prescrits.
Informations complémentaires
Gilles Delignac
- https://www.sudouest.fr/faits-divers/agressions-sexuelles-dans-une-ecole-catholique-a-bordeaux-un-enseignant-accuse-de-17-viols-27284743.php
- https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/photos-sous-les-douches-jeu-du-gout-gilles-d-enseignant-d-une-ecole-privee-a-bordeaux-desormais-accuse-de-13-viols-sur-mineurs-3139208.html
- https://www.sudouest.fr/faits-divers/agressions-sexuelles-dans-une-ecole-catholique-a-bordeaux-des-2011-la-direction-a-ete-alertee-sur-le-jeu-du-gout-27289739.php
- https://www.lefigaro.fr/bordeaux/bordeaux-l-ex-enseignant-de-l-ecole-catholique-saint-genes-accuse-d-agressions-sexuelles-desormais-mis-en-examen-pour-viols-aggraves-20250414
- https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/je-n-avais-que-9-ans-le-temoignage-glacant-d-une-des-victimes-dun-enseignant-accuse-de-viol-dans-un-etablissement-prive-de-bordeaux-2203122
Gilles Delignac est accusé de viol sur 17 de ses élèves, entre 2008 et 2012, et d'agression sexuelle sur six autres, entre 2017 et 2023. Lui sont également reprochés des actes de voyeurisme et d'atteinte à l'intimité sur d'autres enfants 🡵.
Dates clés
2008 Arrivée à Saint-Genès La Salle
En 2008, prise de poste de Gilles Delignac à Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence. L'homme accompagnait notamment l'équipe d'échecs de l'établissement. 🡵.
2011 Alerte à propos du « jeu du goût »
En mars 2011, une mère d'élève s'était émue d'apprendre que Gilles Delignac faisait venir des fillettes dans sa classe, portes fermées, pendant les pauses de midi, et leur bandait les yeux pour des séances de « jeu du goût ». La lettre de cette mère à la direction n'a pas été retrouvée. Mais dans les archives du diocèse de Bordeaux, les enquêteurs ont trouvé une trace de ce signalement.
Il s'agit d'un courrier du 23 mars 2011 signé du directeur de l'école primaire, Pascal Desmet, et du directeur coordinateur de l'établissement de l'époque, Marc Segarra, et adressé à Gilles Delignac. « Vous avez reconnu les propos de la maman tout en nous précisant que le « jeu » était le préalable à la découverte d'une nouvelle notion « d'impératif présent ». […] Compte tenu de la zone obscure qui entoure cette façon de procéder, nous vous avons clairement énoncé ce dont vous n'aviez pas conscience : la gravité de cette pratique et les conséquences possibles de tels agissements qui sont par ailleurs interdits. » Au-delà de ce rappel à l'ordre, ni les enfants, ni les parents ne seront interrogés à cette époque.
Des élèves accusent aujourd'hui Gilles Delignac d'avoir introduit son sexe dans la bouche d'élèves lors du « jeu du goût ». Aucun élément matériel, comme des photos, n'a été retrouvé. Les accusations sont niées par Gilles Delignac, affirmant que les jeunes filles qui l'accusent, âgées aujourd'hui d'une vingtaine d'années, se sont monté la tête « avec #MeToo » et « la médiatisation » de son arrestation 🡵.
2023 En classe de mer
En classe de mer
- 22 juin placé en garde à vue après que deux élèves l'avaient pris en flagrant délit en train de les filmer pendant qu'elles prenaient leurs douches, lors d'un séjour sur le bassin d'Arcachon 🡵. Dès le lendemain, l'enseignant est placé en garde à vue et son domicile perquisitionné. Sont découvertes des photos d'enfants nus en train de se laver, des images de fillettes en classe, zoomées sur les fesses ou l'entrejambe, et surtout des photos de petites filles endormies, leur main posée sur le sexe d'un homme en érection qui se masturbe avec 🡵. Il avait alors été mis en examen et placé en détention provisoire pour agressions sexuelles imposées à un mineur de moins de 15 ans, détention d'images d'un mineur à caractère pornographique et voyeurisme sur mineur 🡵.
- 12 juillet De nouveau mis en examen, pour viol aggravé sur cinq nouvelles victimes 🡵.
- 6 décembre Troisième mise en examen, toujours pour cinq faits de viols, avec la circonstance aggravante, cette fois, de « personne abusant de l'autorité que lui confèrent ses fonctions sur cinq nouvelles victimes », précise le parquet de Bordeaux. Il est également accusé d'agressions sexuelles sur deux autres jeunes filles de 15 ans 🡵.
Le suicide du directeur
[Pascal Desmet] s'est suicidé en se jetant sous un train le 26 juin 2023. Quelques jours plus tôt, il remettait aux policiers le courrier adressé à l'enseignant en 2011. Quelques heures avant son geste désespéré, il envoyait ce SMS : « Je suis responsable d'avoir manqué de vigilance. Je ne peux pas continuer à vivre avec ça en tête. Trop d'enfants ont souffert et souffriront trop longtemps. »
2024 Nouvelle mise en examen
Le 27 juin, nouvelle mise en examen. Gilles D. est de nouveau accusé, par trois nouvelles victimes de viols aggravés, cinq victimes de voyeurisme et deux victimes d'agressions sexuelles aggravées 🡵.
2025 L'ancienne direction de l'école mise en cause
En novembre 2025, une plaine est déposée par plusieurs parents et victimes de l'enseignant. Cela débouche sur l'ouverture d'une enquête préliminaire visant l'ancienne direction de l'école privée pour « non-dénonciation de crime » et « non-obstacle à la commission d'un crime ou délit » 🡵.
Frère Jean (frère des écoles chrétiennes)
En 2002, frère Jean est condamné à dix ans de réclusion pour les viols de deux fillettes et les agressions sexuelles de quatre autres dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques, entre 1991 et 2000. L'enquête a révélé une autre agression, en 1987, non poursuivie car prescrite : frère Jean est alors surveillant à Saint-Genès et inflige des attouchements à une enfant. Sa hiérarchie est informée, mais ne fait rien. « L'affaire en est restée là. Je n'ai pas été muté, j'ai demandé à partir à Bagnères-de-Bigorre », déclare le vieillard à son procès. Sa prédation n'est stoppée que treize ans plus tard, grâce aux dénonciations d'une jeune victime à Mauléon (64).
André Legay
André Legay a officié à Saint-Genès entre le début des années 1970 et la fin des années 1990 comme conseiller d'éducation et responsable des études des 4 es et 3 es.
Selon un jugement consulté par « Sud Ouest », trois élèves ont attesté qu'André Legay avait pour habitude de se masturber devant eux quand il les invitait dans son studio pour regarder la télé. Un quatrième a expliqué avoir subi des attouchements, en 1988, tandis qu'un cinquième a relaté les nuits passées dans le lit de Legay, dans les Pyrénées, auxquelles chaque ado avait droit à tour de rôle, « à cause du froid ».
- 1994 Un adolescent de confie à une lingère de Saint-Genès au sujet des agressions sexuelles dont il est victime de la part d'André Legay, sans effet
- 1996 L'adolescent « de 1994 » raconte les agressions que Legay lui a imposées pendant plus d'un an, dans son appartement situé dans l'établissement et dans un chalet dans les Pyrénées où le responsable pédagogique emmenait régulièrement des élèves, avec une préférence pour les garçons de 14-15 ans, sans jamais être inquiété. Cette fois-ci, cette alerte sera suivie d'effet
- 199X? : André Legay bénéficie d'un non-lieu
- 1999 renvoyé en correctionnelle, il est condamné à dix-huit mois de prison avec sursis
- 2002 Sa peine est aggravée en appel : cinq ans de prison avec sursis sont prononcés, mais uniquement pour atteinte sexuelle sur un seul mineur de 15 ans. Les autres faits dénoncés pendant l'enquête n'ont pas été poursuivis
- 2014 Décès
- 2025 Une sixième personne dépose plainte pour des faits remontant aux années 1980. Celle-ci a été classée en raison du décès d'André Legay. Un septième homme a, de son côté, longuement détaillé à « Sud Ouest » les sévices qu'il dit avoir subis dans les années 1970
Toutes les informations ci-dessus sont tirées d’un article du journal Sud Ouest.
Dominique Q. (Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence)
En septembre 2002, c'est au tour de Dominique Q., 42 ans, professeur de technologie à Saint-Genès, de tomber. L'affaire éclate un an plus tôt, après l'arrestation d'un pédophile en région parisienne chez qui des photos pédopornographiques sont découvertes. Certaines ont été envoyées depuis un ordinateur du collège bordelais. Sur des images, les responsables de l'établissement reconnaissent un élève de 4 e. L'enfant était agressé depuis deux ans par son prof de techno.
Lors du procès, selon un article de « Sud Ouest » de l'époque, la procureure soulève une question qui hante les affaires d'abus sexuels commis à Saint-Genès : comment un élève a-t-il pu « être agressé deux à trois fois par semaine dans un local attenant à la salle informatique sans que personne ne s'aperçoive de rien, dans cet établissement censé dispenser un savoir de qualité et une éducation religieuse » ? Au cours de l'enquête, deux autres anciens élèves ont dénoncé des faits similaires à l'encontre du même professeur, mais ces derniers étaient prescrits. Dominique Q. est condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme.
Frères des écoles chrétiennes
- https://lasallefrance.fr/freres-des-ecoles-chretiennes
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A8res_des_%C3%A9coles_chr%C3%A9tiennes
- https://lasallefrance.fr/freres-des-ecoles-chretiennes/
- https://www.ouest-france.fr/bretagne/quimper-29000/quimper-abus-sexuels-au-college-lycee-du-likes-une-cellule-d-ecoute-mobilisee-c72b1b40-5ce4-11ec-9016-85f0948c968a
- https://riposte-catholique.fr/archives/212837
- https://www.dailymail.co.uk/news/article-13810323/irish-schools-sexual-abuse-religious-orders.html
La congrégation des Frères des écoles chrétiennes (ou Lasalliens), fondée par saint Jean-Baptiste de La Salle, est composée de religieux non prêtres qui vivent en communauté et consacrent leur vie à Dieu et à l'éducation des jeunes 🡵.
En France, elle a pour cette raison la tutelle de nombreux établissements scolaires dont un certain nombre a été le théâtre d'abus.
- Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence
- Gilles Delignac : accusé de 17 viols. N'ayant pas encore été jugé, il reste de ce fait présumé innocent.
- Frère Jean : condamné en 2002 à dix ans de réclusion pour les viols de deux fillettes et les agressions sexuelles de quatre autres. Sa hiérarchie, alertée, le laisse simplement changer d'établissement et continuer d'exercer pendant 13 ans jusqu'à sa condamnation consécutive aux accusations d'une autre victime.
- André Legay : condamné en 2002 (en appel) à cinq ans de prison avec sursis, mais uniquement pour atteinte sexuelle sur un seul mineur de 15 ans. Les autres faits dénoncés pendant l'enquête n'ont pas été poursuivis.
- Dominique Q. : condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme pour des agressions sexuelles sur une élève dans un local attenant à la salle informatique de l'établissement. Au cours de l'enquête, deux autres anciens élèves ont dénoncé des faits similaires à l'encontre du même professeur, mais ces derniers étaient prescrits.
- École Sainte-Marie à Quimper, dite le Likès : treize personnes, victimes ou témoins, se sont manifestées, auprès de la rédaction Ouest-France 🡵.
Le site internet Riposte Catholique mentionne également le frère Agilbert Marie (Francis Frezel de son nom civil) 🡵 qui a exercé dans plusieurs établissements.
En Irlande, un rapport fait état de 820 plaintes contre les Frères des Écoles chrétiennes 🡵.
Voir aussi :
Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence
- https://www.saint-genes.com/talence/
- https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/je-n-avais-que-9-ans-le-temoignage-glacant-d-une-des-victimes-dun-enseignant-accuse-de-viol-dans-un-etablissement-prive-de-bordeaux-2203122
- https://www.sudouest.fr/faits-divers/enquete-violences-sexuelles-dans-une-ecole-catholique-de-bordeaux-le-lourd-passe-de-saint-genes-27403991.php
Cet établissement privé est sous tutelle congrégationnist des Frères des écoles chrétiennes.
L'établissement a été très médiatisé dans le cadre de l'affaire Gilles Delignac. Dans cette affaire, une plaine est déposée en novembre 2025 par plusieurs parents et victimes de l'enseignant. Cela débouche sur l'ouverture d'une enquête préliminaire visant l'ancienne direction de l'école privée pour « non-dénonciation de crime » et « non-obstacle à la commission d'un crime ou délit » 🡵.
Rapidement, le journal Sud Ouest révèle que trois anciens membres de l'équipe éducative ont été condamnés par la justice 🡵 :
- Frère Jean : condamné en 2002 à dix ans de réclusion pour les viols de deux fillettes et les agressions sexuelles de quatre autres. Sa hiérarchie, alertée, le laisse simplement changer d'établissement et continuer d'exercer pendant 13 ans jusqu'à sa condamnation consécutive aux accusations d'une autre victime.
- André Legay : condamné en 2002 (en appel) à cinq ans de prison avec sursis, mais uniquement pour atteinte sexuelle sur un seul mineur de 15 ans. Les autres faits dénoncés pendant l'enquête n'ont pas été poursuivis.
- Dominique Q. : condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme pour des agressions sexuelles sur une élève dans un local attenant à la salle informatique de l'établissement. Au cours de l'enquête, deux autres anciens élèves ont dénoncé des faits similaires à l'encontre du même professeur, mais ces derniers étaient prescrits.
Voir aussi :