Diminution du nombre de prêtres : la proposition du père Marc Cholin
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<< Semaine du 29 décembre 2025 au 4 janvier 2026 >>
Diminution du nombre de prêtres : la proposition du père Marc Cholin
Un texte extrêmement commenté sur les réseaux sociaux.
Face à la diminution du nombre de prêtres, nombreux sont ceux qui cherchent de nouvelles voies à explorer. C'est ce que fait le père Marc Cholin dans un texte qui a été publié par La Croix dans une rubrique où chaque auteur exprime son opinion (et non celle de la rédaction du journal).
Un couple, ayant fini d'élever ses enfants, pourrait décider non pas de se séparer mais de vivre comme frère et sœur, afin que le mari se mette au service de l'Église comme prêtre ?
De très nombreuses réactions négatives ont été publiées sur les réseaux sociaux. Les principales sont résumées ci-dessous. Notre objectif n'est pas de blâmer l'auteur, qui a tenté le difficile exercice de penser l'avenir de l'Église. Mais davantage de comprendre les arguments de personnes qui ne se reconnaissent pas dans la proposition du père Cholin. De poursuivre le débat ouvert par cette contribution.
La vision du couple et du mariage
Cette proposition peut donner l'impression qu'une fois les enfants élevés, la case mariage est en quelques sortes cochée, et que l'on peut passer à autre chose. Curieuse conception du mariage ! Des hommes libérés de l'éducation des enfants, viri liberati, selon la proposition de l'auteur… une conception bien étriquée du couple et du mariage. Le mariage ne se réduit pas à faire des enfants et à les élever. Par ailleurs, vieillir ensemble, prendre soin l'un de l'autre, c'est aussi cela, la vie conjugale, y compris après le départ des enfants.
Et même si les enfants sont autonomes et ont quitté le nid familial, la place d'un père ou d'une mère ne disparaît pas : elle se transforme. Un père et une mère ne sont jamais libérés de leur responsabilité vis-à-vis de leurs enfants. Et d'autant plus lorsqu'ils deviennent grands-parents.
Quitte à faire du bénévolat, autant être prêtre !
« Au lieu de s'investir dans une quelconque association, ils pourraient servir l'Église comme prêtres, animateurs de communautés. On en a spécialement besoin dans les zones rurales ». Dire « Quitte à faire du bénévolat, autant être prêtre ! » est, il faut le reconnaître, une caricature de la pensée de l'auteur qui évoque également l'appel de la communauté. Mais cette alternative, cette mise en balance entre activité associative et sacerdoce évacue la dimension du sacrement et donne à celui-ci un rôle purement utilitariste.
Vivre en frère et sœur quand on est marié ?
« Vivre en frère et sœur ». Expression courante dans l'église catholique pour indiquer que l'on n'a pas/plus de rapports sexuels. Mais à supposer qu'un couple marié cesse toutes relations sexuelles, chacun reste sexué, avec son affectivité, dans le cadre d'une relation conjugale. Cela est bien éloigné de vivre en frère et sœur. Cette expression trompeuse pourrait laisser croire que la dimension conjugale est finalement circonscrite à la relation sexuelle. Dit de manière plus lapidaire, un frère et une sœur ne vivent absolument pas la même chose qu'un couple qui n'aurait pas de rapports sexuels !
Sacerdoce et relations sexuelles
Pour un homme marié, en quoi les relations sexuelles seraient-elles un empêchement au sacerdoce ? Quelle que soit la réponse que chacun voudra apporter, la réponse mérite d'être argumentée !
On notera également la curieuse remarque selon laquelle l'auteur a « l'idée que ce renoncement sera plus facile du côté de l'épouse qui est comblée par la maternité ».
Réaction de l'Abbé Clément Barré sur Twitter/X 🡵
Il y a eu beaucoup de réactions sur ce texte inepte et je ne reviendrais pas sur le fond de misogynie latente ou sur la conception pour le moins étonnante de la sexualité conjugale. Mais je voudrais juste en interroger le prémice.
« Notre Église a besoin de prêtres. »
Vraiment ? Qui l'a décidé ? Sur quels critères ? L'Église n'est pas un centre de loisirs avec un ratio animateurs/enfants. Parler de « besoin » sans le définir relève plus du réflexe managérial que du discernement spirituel.
Le besoin ici semble d'être d'animer des communautés rurales. En gros de répondre à l'exigence d'avoir la messe dans son village de la part de gérontes tout à fait capable de prendre la voiture pour aller à l'hyper marché du coin mais pas de faire 10km pour aller à la messe.
Depuis quand le sacerdoce se fabrique-t-il à partir d'un déficit ? Quelle est cette mentalité qui voudrait bricoler un sacerdoce au rabais pour fabriquer artificiellement les vocations que le bon Dieu ne nous donne plus ?
Relisons l'ancien testament : « Il n'est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète, plus d'holocauste ni de sacrifice, plus de lieu où t'offrir nos prémices pour obtenir ta miséricorde.Mais, avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois nous. »
Qui a fait pénitence ? S'est remis en question ? A fait l'examen de conscience de l'Église pour aller à la racine du problème. Qui a interroger la manière dont les jeunes sont accueillis dans les communautés? Qui a interrogés les modes de formations ?
La proposition est surtout endogamique : cléricaliser des chrétiens installés pour sauver des structures vieillissantes.
On appel ceux qui, depuis 40 ans, n'ont pas su transmettre la foi ni susciter un seul appel à occuper la place qu'aurait du prendre leurs enfants.
On s'assure ainsi qu'aucun renouvellement spirituelle ou pastorale ne soit possible en refermant les communautés sur elle même et en sanctuarisant les gérontocraties paroissiales sous couvert de réalismes pastorale
C'est le sacerdoce d'une église qui n'a pas d'autre horizon que sa propre disparition. C'est le sacerdoce de ceux qui vont enterrer les copains avant de mettre la clé sous la porte.
La tâche des époux chrétiens est aussi de faire en sorte que des vocations naissent dans leurs foyers. Ce n'est pas en appelant les grands parents à occuper la place qu'aurais du prendre leurs enfants et petit enfants que nous préparerons l'avenir de l'Église.