Religieuses abusées : quelles structures sociologiques rendent ces abus possibles ?
Une publication de la sociologue Isabelle Jonveaux.
La question des abus sur les moniales catholiques n'est apparue que récemment dans l'espace public contrairement aux abus sur des enfants ou femmes adultes laïques. Or, ces dernières années de plus en plus de cas d'abus de pouvoir, spirituels ou sexuels perpétrés dans des communautés féminines arrivent au jour. Mais comment sont-ils possibles ? Cet article vise à interroger des dispositifs structurels des communautés monastiques féminines, y compris dans leurs relations de genre avec les prêtres ou communautés d'hommes qui rendent ces abus possibles. Replaçant le sujet dans le contexte particulier de vie monastique régie par une discipline ascétique, apparaît la question de savoir à partir de quel moment une pratique ascétique peut devenir abusive. Après avoir étudié cinq types de structures identifiés comme permettant l'apparition d'abus, j'y replace la religieuse individuelle abordée sous trois niveaux : intellectuel, spirituel et corporel. Si aucune des structures en soi et des rapports des individus aux structures ne produit directement d'abus, la conjonction de ces différents éléments les rendent possibles. S'appuyant sur des enquêtes de terrain menées dans des communautés monastiques catholiques en Europe et en Afrique entre 2004 et 2021, ainsi que des entretiens avec des sœurs sortantes menés entre 2020 et 2024, cet article propose une approche empirique du sujet qui est encore peu existante.
Informations complémentaires
Religieuses abusées
- https://www.aciafrique.org/news/22311/une-commission-du-vatican-veut-combler-une-faille-juridique-affectant-les-religieuses-victimes-dabus
- https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2026-07/missio-protection-religieuses-abus-mineurs-vulnerable-eglise.html
- https://www.arte.tv/fr/videos/078749-000-A/religieuses-abusees-l-autre-scandale-de-l-eglise/
Les femmes consacrées et les religieuses victimes d'abus sont confrontées à une importante faille juridique : le droit canonique et les commissions spécialisées se concentrent principalement sur les mineurs et les adultes vulnérables, laissant ces femmes en dehors du champ de protection. En pratique, cela signifie que lorsqu'une victime est une adulte ayant reçu une formation religieuse, on présume qu'elle est capable de se défendre ou qu'elle a consenti 🡵. Le motu proprio « Vos estis lux mundi » utilise lui-aussi cette grille de lecture restrictive 🡵. Toutefois, cette situation a commencé a évoluer ces dernières années.
En France
C'est le documentaire d'Arte Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Église qui a provoqué une prise de conscience en 2018.
A l'échelle internationale
- 2020 Publication d'un important dossier dans Donne, Chiesa, Mondo (« Femmes, Église, Monde »), le supplément mensuel féminin de L'Osservatore Romano 🡵
- 2022 Publication d'une étude coordonnée par Sœur María Rosaura González Casas, alors coordinatrice de la Commission pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables de la Confédération latino-américaine et caribéenne des religieux. Basée sur une enquête menée auprès de 1 417 religieuses, l'étude révèle que 19,8 % d'entre elles ont déclaré avoir subi des abus sexuels, tandis que plus de la moitié ont indiqué avoir été victimes d'abus de pouvoir de la part de supérieures, de prêtres, de formateurs ou d'évêques. En outre, 14,3 % des répondantes ont affirmé avoir été harcelées par un prêtre, 9,7 % par des laïcs et 8 % par d'autres religieuses 🡵
- 2026
- Conférence internationale sur la sauvegarde, à l'Université pontificale grégorienne de Rome 🡵
- La Commission pontificale pour la protection des mineurs organise sa deuxième Rencontre annuelle sur la prévention des abus envers des religieuses 🡵