Riaumont : reportage de l'AFP

Témoignage de Bruno

« Ça s’est passé en plusieurs étapes. Au début, il ne me faisait que, en fin de compte… Le fouetter le flageller… Lui, il essayait de m’embrasser ici et là et comme pénitence, je lui faisais le fouet et le reste. Voilà. Donc ça s’est passé trois quatre fois, peut-être cinq. Et puis après il y a eu ce viol qui a… J’essaie depuis des siècles à l’oublier, je n’y arrive pas. Il m’a assez pourri la vie et continuera de me pourrir. C’est encore une personne qui court et en espérant qu’il n’agresse pas d’autres enfants. C’est ça qui est dramatique, qui me fait souffrir le plus : le savoir dehors et qu’il peut encore éventuellement faire ce qu’il veut ».

Témoignage de Adrien

« L’un des religieux un bon jour, je ne sais pas pourquoi, a pété un plomb sur moi, m’a jeté à terre, m’a donné des coups de pompe dans la tronche, ça m’a valu un tympan perforé. C’était au tout début de ma sixième là-bas. Après, je ne compte pas les gifles, les coups de pied aux fesses, ce qu’on veut parce que ça je ne peux plus les compter. Est-ce qu’ils [les religieux de Riaumont] se sont excusés ? Jamais. Et simplement, un « je m’excuse », ça aurait fait beaucoup de choses, ça aurait peut être changé notre notre opinion pour certains, on se serait peut être calmés. Mais là, non en fait, ils sont complètement dans le déni ».

Françoise Lobbedez, ancienne enseignante

« Il les faisaient travailler à bâtir leur patrimoine là, nuit et jour, et surtout c’était l’occasion de punitions interminables. Par exemple un gamin de 12 13 ans, un petit peu résistant à l’autorité du père Revet, il devait casser une dalle de béton jusqu’à 3 heures du matin. Tant qu’il n’avait pas cassé toute la dalle de béton à la pioche tout seul dans la nuit, il n’était pas autorisé à se coucher ».

Arnaud Gallais

« Ce sont des faits de violences physiques, humiliations, actes de torture et de barbarie, violences sexuelles, viols, agressions sexuelles, etc. Ce sont les faits qui sont reprochés dans l’institution avec un certain nombre de victimes qui ont osé prendre la parole. Mais combien n’ont même pas pu et combien ne sont même plus là aujourd’hui ? »

Père Christophe Gapais, prieur de la communauté de Riaumont

« Chez certains enfants, la violence était présente. Donc il fallait bien, et du côté de de leurs camarades, et du côté des encadrants gérer cette violence, parfois la canaliser. Mais ce qui est insupportable pour nous, c’est d’entendre dire que la violence était institutionnalisée. Loin de nous de nier qu’il y ait eu des abus, qu’il y ait eu des souffrances, qu’il y ait eu des choses qui n’auraient pas dû se produire. Nous pouvons en avoir une responsabilité. On est prêt à porter. Mais on ne veut porter que ce dont on est vraiment responsables ».

Père Hervé Tabourin, membre de la communauté de Riaumont

« Il y a toujours un anachronisme, et puis les choses ont évolué, c’est vrai. On est plus sensible aujourd’hui aux droits de l’enfant et c’est très bien. Mais on ne peut pas reprocher à l’époque des choses que tout le monde faisait. C’était même plus sévère quelquefois dans les familles que dans les écoles. C’est c’est ça qui est absurde ».

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