L'abbaye-école de Sorèze

Dénoncées par le romancier Frédéric Beigbeder, les méthodes d’enseignement brutales dispensées à l’abbaye-école de Sorèze ont perduré jusqu’à la fermeture de l’établissement en 1991 🡵.

« J’étais un élève moyen. C’était insuffisant pour qu’on me garde au collège Fermat de Toulouse. À 15 ans, comme beaucoup de jeunes pas très brillants, j’ai intégré le pensionnat de Sorèze, en octobre 1986. C’était une école avec beaucoup de cancres, j’en faisais partie. Nous étions sous la surveillance d’anciens militaires. Je me souviens de l’un d’eux, videur en boîte de nuit. Un sadique. Régulièrement, nous prenions des roustes mémorables. J’ai vu aussi, un prof, futur directeur, déglinguer un camarade dans le couloir à coups de poing et de pieds. »

La Dépêche

L’ancien directeur n’a jamais assisté à des violences sur les élèves. « En revanche, j’ai eu connaissance par des membres du personnel d’agissements inqualifiables. Notamment de l’omniprésent colonel. Pour punir un élève qui avait écrit sur un mur, il lui a cassé le bras. Sauf qu’il s’était trompé de gosse. Il a fallu supplier ses parents de ne pas déposer plainte ».

La Dépêche

« Ma venue à Sorèze n’avait pas vraiment été organisée par mes parents. Je suis arrivé au mois d’août 1989 à la gare de Castelnaudary. Dès mon arrivée, il a fallu se mettre au garde à vous dans la cour des rouges (NDR : chaque âge avait une couleur, le rouge était celle des plus âgés). Le directeur Jacques Fabre de Massaguel décédé depuis, nous a présenté les surveillants, des anciens paras du 8e RPIMA et des anciens légionnaires. Nous étions beaucoup à ne pas vouloir faire l’armée et on s’est retrouvés dans cet univers carcéral. Ça gueulait de partout façon Full Metal Jacket ».

[…]

Ses journées sont rythmées par l’apprentissage de la marche au pas, les « gardes à vous », « repos », répétés sans cesse. « Les remontrances physiques sont arrivées : claques, grosses gifles pour un oui pour un non, coup de poing. Il y avait des expéditions punitives organisées dans les dortoirs par certains surveillants. Ils nous envoyaient bastonner un élève en pleine nuit, à visage couvert. Je me souviens d’un gars qui avait eu très peur de mourir. J’ai été moi-même acteur de quelque chose qui m’a hanté pendant des années : je suis allé casser la gueule à un gars, car on avait été punis à cause de lui. Je lui ai donné un coup de tête violent et cassé le nez. Il se baladait avec un plâtre. Personne n’a cherché à comprendre. »

Les élèves ont aussi droit à des séances « cinéma » à la gloire des modèles de l’école : Jean-Claude Van Damme ou Silvester Stalone. Et lorsqu’un surveillant est un peu plus souple sur le règlement, il ne fait pas long feu à Sorèze. " Un surveillant était plus sympa mais il a été viré car pas assez dur. J’ai monté une pétition pour demander qu’il reste. J’ai été convoqué par le directeur qui m’a accueilli d’une gifle magistrale, sans un mot. Il m’a mis à genoux avec les mains sur la tête et m’a battu. Je me suis mis à pleurer. Coups de livre, coups de pied et coups de poing… Deux adultes sont entrés pendant que je subissais ça mais ils n’ont rien fait. J’ai 52 ans et je ne dors toujours pas tranquille."

France 3

Informations complémentaires