Riaumont : prison ferme requise contre l'ex-prieur de Riaumont qui consultait des contenus pédopornographiques

Ce mardi 11 mars 2025, l’ancien prieur de Riaumont, âgé de 61 ans, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Béthune pour des « faits de consultation habituelle en ligne, d’acquisition ou détention d’images pédopornographiques » entre 2012 et 2017, selon le parquet. Le parquet a requis deux ans de prison, dont un an avec sursis, injonction de soin, et interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs pendant trois ans. Le délibéré sera rendu le 6 mai 2025.

Il s’est présenté devant les juges dans la tenue de son ordre catholique traditionaliste. Une robe marron clair sous son anorak, des bottines noires. Sa haute silhouette se tient droite, pour ne pas dire raide. « Je n’arrive pas à comprendre comment on m’accuse », déplore l’ecclésiastique, qui le redit : « C’était pour comprendre le monde qui change, la société qui évolue. Je sentais que je perdais le contact avec les enfants. » La présidente se crispe :

« Vous avez consulté ces sites pendant cinq ans !

— J’avais besoin de faire des recherches.

— C’était une thèse que vous comptiez écrire ?

— Effectivement, j’aurais pu écrire…

— Votre connaissance est devenue encyclopédique… 2 000 fichiers, c’est nécessaire pour comprendre la problématique ?

— J’ai peut-être péché par excès, mais je n’ai jamais cherché de contenus pédopornographiques. Ils se glissaient dans mes recherches. »

On n’en saura pas plus. Sur la personnalité d’Alain H., en revanche, l’expertise psychologique apporte des éléments. Elle évoque des traits de personnalité « obsessionnels, paranoïaques », un homme « rigide, têtu, méfiant », qui « utilise le soupçon comme système de défense, pointilleux, sans aucune pitié, (…) des systèmes de pensée extravagants, une rage de découvrir la faille chez son adversaire et des distorsions cognitives ».

Qu’en pense-t-il ? Sur le fond, rien, mais il dénonce le fait que l’expertise a été réalisée cinq ans après les faits qui lui sont reprochés. « Si j’avais été fou, j’aurais eu le temps de guérir. Si j’avais été en bonne santé mentale, j’aurais eu le temps de devenir fou », ironise-t-il à la barre.

Le Monde

Les faits ne peuvent qu’inquiéter de la part du directeur d’une structure qui accueille des mineurs", charge la magistrate. « Teen » revient en boucle dans l’historique de l’ordinateur. Le 30 janvier 2017 : « young gay sex ». Le 22 mars : « minet chaud » Le 16, à 22h07 : « school boys ». Le prêtre jette un coup d’oeil à l’écran, sans daigner tourner la tête.

C’est pour des raisons éducatives que j’ai fait ces recherches", soutient le répétiteur. Il raconte son « désarroi » après avoir entendu qu’un ancien élève de Riaumont était devenu acteur de films X et que des jeunes parlaient de fellation. « Je ne savais pas ce que c’était. Je me suis dit : il faut que tu saches ce que les enfants voient, sinon tu ne peux plus t’en occuper. » Remous dans le public. Alain Hocquemiller ne cille pas et s’autorise une pique sur « le laxisme de la législation française » en matière de moeurs.

Le père voulait en savoir plus", renchérit son défenseur Me Cahen. « Maintenant vous avez une science encyclopédique en la matière si je peux me permettre, c’est une thèse que vous pouvez écrire… » ironise la présidente. « Vous excluez la dimension pulsion, addiction ? À un moment vous êtes tombé dedans. » Il fallait bien répondre à ce « danger qui existe dans le cœur et l’esprit de la jeunesse », oppose le prieur en robe de bure. « C’est quand même très ciblé… remarque la procureure. Les questions des mineurs ne portaient que sur l’homosexualité masculine ? » « Pour moi, c’était le problème numéro un. » Et pourquoi ce travail mené de nuit, aux heures où dormaient ses coreligionnaires ainsi que les 28 enfants hébergés à cette époque dans les dortoirs ? « Je travaille tard ».

Le Parisien

La justification du père Alain Hocquemiller dans une lettre de 2018

Le 19 mars 2018
en la fête de Saint Joseph

Bien chers amis,

Merci d’abord à tous ceux d’entre vous qui m’ont écrit et n’ont rien reçu de moi jusqu’à ce jour : le juge d’instruction m’interdisant formellement toute communication avec Riaumont, je ne voulais pas donner de nouvelles à qui que ce soit d’autre que mes parents. J’ai donc gardé pendant vingt-deux mois un silence absolu, craignant qu’une déclaration de ma part, mal interprétée, ne nuise aux enfants et à l’œuvre de Riaumont. Constatant que la persécution, en provoquant la fermeture de l’école de Riaumont a, de fait, été au bout de son implacable logique, je m’adresse enfin à vous(…)

J’ai été emmené en garde-à-vue puis mis en examen sous deux chefs d’accusations : « connexions habituelles avec des sites pornographiques mettant en scène des mineurs » et « détention d’images pornographiques mettant en scène des mineurs ».

Mon ordinateur, qui avait été saisi un mois auparavant, a alors seulement été confié à un expert qui en a examiné le contenu. Cet examen, qui n’a été achevé que quatorze mois plus tard prouve à l’évidence que je n’ai jamais volontairement détenu d’images pornographiques, encore moins pédopornographiques, comme cela m’a été reproché dans le deuxième chef d’accusation. Par ailleurs, il n’y a dans mes connexions aucune image d’enfants impubères ni de viols. Cela, les autorités qui m’ont mis en examen ne pouvaient l’ignorer.

Pour ce qui concerne les connexions avec des sites pornographiques, que j’ai reconnues le jour même, voici en peu de mots quel en est le contexte.

Ayant été averti qu’un jeune adulte, ancien élève de Riaumont, avait participé comme acteur à des films pornographiques, j’ai voulu savoir la vérité et — craignant en particulier qu’il n’ait entraîné avec lui d’autres élèves — j’ai cherché, puis trouvé ce dont il était question. J’ai été extrêmement blessé et bouleversé par ce que j’ai découvert, par la gravité et l’ampleur de ce véritable cancer qu’est la pornographie, et par le fait qu’il ne concerne pas les autres mais qu’un élève de Riaumont avait pu sombrer dans ce bourbier et y participer activement.

J’ai alors mal réagi : je me suis tu.

J’avais honte de ce que j’avais vu. J’avais peur pour l’avenir. J’avais pitié de tous ceux qui tombent dans le piège de la pornographie. Je ne me suis ouvert à personne - en dehors de la confession, ce qui ne suffisait pas. Je n’ai pas cru devoir prévenir mes supérieurs, ni la communauté, ni la famille de l’ancien élève. Je me suis dit que la société était ce qu’elle était, que j’étais trop naif, que j’avais trop longtemps fermé les yeux, que je n’avais pas à faire porter aux autres le poids de ce que j’avais découvert.

C’est la trace de ces connexions que la Police a trouvée lorsqu’elle a perquisitionné mon ordinateur le 26 mars 2017 sans aucune raison et donc de manière totalement illégale, ce que mon avocat a soulevé devant la chambre de l’instruction dont nous attendons la décision.

Je n’ai jamais cherché volontairement d’images mettant en scène des enfants. Mais constatant que certains acteurs, quoique pubères, étaient juvéniles et pouvaient paraître « potentiellement mineurs », la police a rédigé le premier chef d’accusation : « connexions habitue avec un site mettant en scène des mineurs ». J’ai alors appris à mes dépens qu’en langage juridique chacun de vous pourra vérifier auprès de professionnels du droit ce détail invraisemblable - l’adjectif « habituel » signifiait plus de deux fois. J’ai aussi appris qu’il suffisait qu’un acteur ait l’apparence d’un mineur de moins de 18 ans pour qu’une image soit classée « pédopornographique ». Deux ans de prison et 30000 euros d’amende. C’est vous dire que les pouvoirs publics, qui favorisent la pornographie de quantités de façons, détournées ou directes, et repoussent de façon méprisante toutes les associations qui tentent de lutter contre ce fléau, gardent sous le coude des articles de Loi très sévères dont ils se servent à bon escient quand ils le jugent utile. Il semble que dans le cas de Riaumont, cela leur ait paru fort utile.

Le résultat, c’est que dans un récent reportage sur la chaîne NRJ12 présentée par le journaliste Jean-Marc Morandini (qui est lui-même mis en examen pour corruption de mineurs !), je suis présenté comme mis en examen pour détention d’images pédo-pornographiques et agressions sexuelles. Je suis donc présenté comme pédophile, ce que je ne suis évidemment pas, ni en actes, ni en penchants ! Que peut-il y avoir de plus calomnieux pour l’honneur d’un homme ? Mais que puis-je faire à part écrire à mes amis ? Attaquer en diffamation ? Mon avocat me le déconseille, car ce serait donner de la publicité supplémentaire, sans être garanti de gagner puisqu’un journaliste qui diffame peut être relaxé en étant déclaré de bonne foi : le remède serait alors pire que le mal.

Cette attaque contre le Village de Riaumont ne se limitait pas à ma personne. Elle avait été précédée par une dénonciation calomnieuse extremement grave mettant en cause un ancien novice de notre Communauté, devenu depuis père de famille ; accusation si inconsistante et si incohérente que le suspect n’a même pas été mis en examen. Cette fausse accusation a servi de prétexte à une vaste enquête policière dans laquelle quelques anciens professeurs ou membres de l’encadrement ont été mis en cause pour des faits beaucoup moins graves… et je l’espère, tout aussi inconsistants. En ce qui me regarde, avec la saisie et l’exploitation de mon ordinateur, avec les interrogatoires de plus de deux cents anciens élèves, ma vie aura été passée au peigne fin (…)

Dès la saisie de mon ordinateur par la police le 26 mars 2017, c’est-à-dire un mois avant ma mise en examen, j’ai envoyé à mes supérieurs une lettre les avertissant des pressions que la police risquait d’exercer sur moi et proposant ma démission, pour laisser les mains libres à mon successeur. Je savais trop bien qu’en cas de scandale, aucune excuse, aucune explication de ma part ne tiendrait avant un procès en bonne et due forme qui finirait par me blanchir.

Cela, nos ennemis le savent parfaitement mais, se disent-ils, quoiqu’il arrive, avant tout procès, le mal que nous voulons faire aura été fait : on aura bien craché dans la presse sur l’œuvre de Riaumont. On aura enfin fermé cette école, qui réussit là où l’Éducation Nationale et l’Aide Sociale à l’Enfance échouent !

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » a dit jadis Voltaire, leur maître à penser.

Chers amis, prions pour qu’il n’en soit rien.

La Providence, je le crois, saura tirer de ce très mauvais moment encore plus de bien que de mal. Depuis presque deux ans je prie chaque jour avec des larmes, à cette intention.

Mon attention va d’abord aux âmes dont j’avais la charge et à qui j’ai toujours voulu montrer le bon chemin. Je supplie Dieu pour qu’aucun ancien de l’œuvre ne se dise : « puisque le Père Alain a regardé de la pornographie, je peux bien le faire moi aussi ».

Je pense en particulier à tous les anciens que j’ai été amené à punir, quelle qu’en soit la raison. Je leur ai toujours dit qu’accepter sa punition, même si elle leur paraissait trop sévère ou pas tout-à-fait justifiée, était la meilleure façon de se faire pardonner. A Riaumont, la plus grave des punitions, c’est le renvoi. Et voici que moi, j’ai été renvoyé de Riaumont… Tous ceux qui me connaissent savent que c’est pour moi la plus cruelle des punitions, parce que j’aime le Village et qu’il n’y a que là que je peux être heureux. Je prie de toutes mes forces chaque jour pour que ce renvoi ne soit pas définitif.

Ma pensée reconnaissante va vers tous ceux qui, je le sais, prient à mes intentions afin que je tienne le coup et que je ne désespère pas. Elle va vers les deux cents anciens, pressés par la police de dénigrer Riaumont, et qui ont tous refusé de porter plainte. Elle va vers les auteurs des magnifiques témoignages de reconnaissance que Riaumont a publiés sur son site.

Elle va vers ma famille, très durement humiliée et éprouvée, vers chacun des membres de la communauté, spécialement vers le Père Argouarc’h, vers mes supérieurs, le Père Christophe Gapais, Prieur de Riaumont, le Père Abbé de Fontgombault, Mgr l’Évêque d’Arras, vers tous ceux qui avec sagesse et courage ont agi pour que le Village supporte vaillamment ce moment dangereux et douloureux. Elle va vers tous ceux qui ont protesté contre les calomnies du journal Le Point et des media qui l’ont servilement copié sans aucun souci de la vérité. Elle va vers les moines qui m’ont si charitablement accueilli, et me réconfortent chaque jour de leur amitié et de leur prière.

Le Village de Riaumont est au service de l’enfance et de l’adolescence en danger. Il tient debout dans une effroyable tempête. Tempête de mensonges, d’hypocrisie, de saletés sans nom. Le diable se déchaîne. C’est l’âme des enfants qui est en jeu. Mais un jour viendra où la tempête se calmera. Aux jeunes chefs trop peu nombreux - qui pensent à devenir religieux à Riaumont, j’avais l’habitude de dire comme le Père Revet : « je n’ai à vous proposer que du sang, de la sueur et des larmes ».

Désormais il faudra aussi y ajouter des crachats.

Et la ressemblance avec Jésus sur la Croix sera plus évidente.

Extraits de la lettre d’explication du P. Alain Hocquemiller

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