Enseignement privé catholique : Sainte-Marie de Chagny

Les faits

Désigné comme l’agresseur d’au moins deux jeunes élèves dans les années 1960, le frère Louis – Germain Maret pour l’état civil – a été en poste au Pensionnat de Chagny entre 1955 et 1990. Auparavant, il avait enseigné à l’école des maristes de La Clayette, dans le Brionnais.

Le Journal de Saône-et-Loire

Deux hommes, aujourd’hui âgés de 70 ans, viennent de recevoir une indemnisation dans le cadre d’un protocole de reconnaissance et de réparation : la congrégation des frères maristes, qui dirigeait l’établissement, reconnait qu’ils ont été victimes de viols et d’agressions sexuelles par des religieux à la fin des années 1960.

Les deux témoignages ont été publiés dans la presse.

Chronologie des faits selon le JSL 🡵

Le témoignage de Gilbert

Je suis arrivé au pensionnat Sainte-Marie de Chagny en classe de 6e , et j’y suis resté jusqu’en 4e. Ma famille était très catholique, j’avais des parents bienveillants, mais embrumés par leur religion. Lorsque j’étais en 5e – ce devait être en 1967, j’avais 12 ans – j’ai été malade et on m’a envoyé à l’infirmerie, tenue par un vieux frère en soutane, déjà assez âgé. Il m’a demandé d’entrer dans sa chambre, située juste à côté. Il m’a fait asseoir sur le canapé et a commencé à me parler des « choses de la vie ». Après avoir baissé mon pantalon, il a pratiqué des attouchements. Je me souviens de ses baisers baveux, qui me donnaient envie de vomir.

Ce qui s’est passé après, je suis incapable de m’en souvenir, c’est comme un trou noir. Je ne sais pas s’il m’avait drogué ou si ma mémoire s’est bloquée sur ces faits. Je me rappelle qu’ensuite, il était assis sur le lit à côté de moi et m’a demandé de prier afin de demander pardon au Bon Dieu pour ce qu’on avait fait. C’est terrible d’essayer de me faire endosser la culpabilité de ce qu’il avait commis.

Je n’ai jamais su ni son nom, ni son prénom. Pour tous les pensionnaires, c’était « le frère infirmier ».

Ces faits ne se sont jamais reproduits par la suite, mais ça fait 55 ans que j’en suis malade. J’ai été marié trois fois, j’ai eu des enfants, et je n’ai pas connu de problèmes sexuels particuliers. Mais je n’ai jamais évoqué ces faits avec mes proches, je n’ai jamais eu la force d’en parler à mes enfants. Ma vie a été perturbée et elle l’est encore.

Depuis une dizaine d’années, je ressens des séquelles psychosomatiques : à chaque fois que je vois un épisode de violence à la télévision, ou simplement lorsqu’on évoque une scène de violence, j’ai des spasmes douloureux incontrôlables. Et jusqu’à aujourd’hui, j’éprouve du dégout et même de la haine envers les curés et l’Église.

Le JSL

Témoignage de Bernard Méha

Ci-dessous, des extraits du site Internet personnel du frère Bernard Méha, ancien directeur du pensionnat, décédé le 15 juin 2021. Ce texte n’est aujourd’hui plus disponible sur Internet, mais des captures d’écran ont permis des reproductions de celui-ci dans le JSL 🡵 🡵.

Je rappelle ici un événement qui m’a profondément marqué. Je crois que l’affaire se situe à la fin de ma 3e année à Chagny, en 1974. Je vais en faire le récit avec toute la discrétion possible. Un confrère, aujourd’hui décédé, me rapporta les paroles de certains élèves qui mettaient en cause un enseignant laïc du Primaire. Il s’agissait de ce genre de propos que des enfants exaspérés s’adressent les uns aux autres dans certaines circonstances. On apprend alors des choses qui demeurent habituellement cachées. On pouvait en conclure que cet instituteur avait parfois dans ses relations avec ses élèves des gestes réprouvés par les bonnes mœurs.

En apprenant cela, je fus très embarrassé. Fallait-il ignorer ces informations troublantes ou bien essayer d’en savoir plus ? La 2e solution n’était pas la plus facile ! Si j’entreprenais une sorte d’enquête, je risquais de découvrir des choses inquiétantes. De gros ennuis se profilaient à l’horizon pour le directeur que j’étais ! La personne à laquelle il fallait s’attaquer avait beaucoup de prestige auprès de ses collègues et on n’avait rien à redire concernant son enseignement. Mon grand sens du devoir ne me permit pas de me dérober. Avec le recul, je note aussi que je reçus un supplément de forces pour affronter cette épreuve. La pratique du yoga et de la relaxation m’avait raffermis, au moins pour un temps. Autre circonstance favorable : on venait de mettre en place un conseil d’établissement. Pour débrouiller cette affaire, je pouvais compter aussi sur le président des parents d’élèves, un homme dévoué que j’estimais beaucoup et avec qui j’avais d’excellentes relations.

L’affaire éclata au début du 3° trimestre. J’interrogeais les élèves qui avaient eu la langue trop longue. Je réunis un certain nombre de témoignages que je montrai au président des parents d’élèves, qui consulta un avocat. Les membres du Conseil d’établissement que je mis au courant me conseillèrent également d’agir. Je décidai de confondre cet enseignant le dernier jour de la classe. Ce qui fut fait. Mais avant de passer à l’action, il fallait porter ce lourd secret, à peu près seul pendant plusieurs semaines.

L’inspecteur primaire, lui-même, voulut savoir la raison du départ de ce monsieur. Quand il sut de quoi il s’agissait, il n’insista pas. Ces écarts de conduite n’étaient pas rares malheureusement. L’affaire se réglait discrètement à l’époque. L’enseignant était muté ou changeait de métier, mais, en général, il n’y avait pas de poursuites judiciaires.

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