Enseignement privé catholique : Château de Burthécourt

L’internat pour garçons au sein du château de Burthécourt était géré par les pères du Sacré Cœur de Picpus.

Ainsi j’ai été victime un jour de la furie du frère Robert chargé de la surveillance du dortoir. Avec un camarade, nous avions commis le crime de chuchotement pendant la séquence de brossage des dents ; le frère Robert nous a attrapés par le pyjama et traînés au milieu du dortoir, nous a contraints à nous agenouiller ; puis ce fut l’extinction des feux, le dortoir plongea dans le noir ; nous étions là, tremblants, à mâchouiller le dentifrice que nous n’avions pas eu le temps de recracher, à attendre la suite de la sentence…qui arriva deux heures plus tard : lumières rallumées, tous les pensionnaires réveillés pour assister au spectacle. Muni de son gros bâton, le frère Robert s’acharna sur notre dos ; plus nous hurlions de douleur, plus il enrageait, avant de nous jeter sur nos lits et de s’en retourner ronfler dans sa chambre tel un fauve rassasié.

Il y avait aussi le père Morand, chargé de l’ordre, de la discipline et des « bonnes mœurs ». Ainsi le courrier entrant et sortant était ouvert et contrôlé ; tout livre apporté de la maison devait lui être soumis pour approbation… Il avait mis en place une organisation quasi-militaire, doublée d’une surveillance étroite et intrusive. Nous étions répartis en équipes ; chacune était dotée d’un chef choisi par le père Morand. Fut alors instauré un système de points (bons ou mauvais) que chacun apportait à son collectif ; à la fin de chaque quinzaine, il organisait une cérémonie avec classement des équipes, désignant les bons et surtout les mauvais éléments. Durant l’heure d’étude qui précédait ce moment crucial, il venait chercher un à un les élèves qui « plombaient » le classement de leur équipe, les emmenait dans la salle de classe à côté de la grande salle d’étude où nous faisions nos devoirs et d’où l’on pouvait entendre les échos du châtiment. Pour quelques bavardages, j’ai eu droit à ce traitement : allongé de force sur le bureau, face contre terre, il n’y avait plus qu’à encaisser les coups de bâton ; toute tentative de résistance le rendait encore plus furieux et ne faisait qu’intensifier sa force de frappe !

Il y avait aussi des moments « privilégiés », où on nous accordait une marque d’attention particulière ; cela se passait avec notre confesseur appelé « directeur de conscience », qui nous recevait individuellement dans l’intimité de sa chambre. On avait expliqué à nos parents que c’était lui qui était aussi en charge de notre éducation sexuelle. Toutes les conditions étaient réunies. J’ai eu droit aux manœuvres d’approche : « Je peux te montrer comment ton père a déposé (…) » mais tout s’est arrêté quand j’ai hurlé mon refus. Pourtant les récits d’attouchements et de scènes « d’application de pommade » se chuchotaient dans les coins de la cour de récréation quand on pouvait échapper à la vigilance de nos gardiens.

FSU SNUipp 57

Ce témoignage a également été repris par France Bleu.

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