Sœur Mary Lembo : parler des abus sexuels subis par des religieuses en Afrique
Une timide avancée en Afrique, et toujours un tabou difficile à briser.
<< Semaine du 25 novembre au 1er décembre 2024 (article 4/4)
Comment parler des abus sexuels dans l'Église catholique sur le continent africain ? Plusieurs rapports sur les violences sexuelles au sein de l'Église catholique ont été publiés dans différentes régions du monde - Irlande, Suisse, France, Canada et plus récemment Espagne et Portugal – mais ce sujet reste un puissant tabou en Asie, en Amérique latine, et notamment en Afrique malgré des prises de parole d'évêques ou de cardinaux.
Comment aborder ces questions lorsque ces abus et agressions sexuels sont commis par des prêtres à l'encontre de femmes religieuses, consacrées, ou en formation ? Sœur Mary Lembo, Togolaise, religieuse de la Congrégation des sœurs Sainte Catherine d'Alexandrie, basée à Rome, avait publié en 2022 « Religieuses abusées en Afrique, faire la vérité », aux éditions Salvator. Elle avait pu recueillir le témoignage de 12 femmes consacrées victimes d'abus dans l'Église catholique. Deux ans plus tard, elle constate une timide avancée, mais toujours un tabou difficile à briser. Or, dit-elle, pour agir, il faut savoir prendre conscience des faits, les nommer et désigner les responsables.
Elle insiste sur l'usage inadéquat du pouvoir qui conduit aux abus, par une personne qui représente Dieu, sous un phénomène d'emprise. Des sujets compliqués à aborder à cause du tabou sur les questions sexuelles et l'extrême difficulté pour des religieuses, des femmes consacrées à Dieu, de parler d'abus, de nommer le viol. Pour Sœur Mary Lembo, les victimes doivent être placées au centre, la justice réparatrice doit être renforcée, ainsi que les formations des prêtres et des religieuses pour garantir la sécurité des personnes dans l'Église catholique. La mémoire de l'abus était au cœur de son intervention à l'Institut Catholique de Paris au séminaire Études africaines, lors de la première session, le 25 octobre 2024, intitulée « Mémoire et responsabilité ».
Invitée : Sœur Mary Lembo, religieuse de la Congrégation des sœurs de sainte Catherine d'Alexandrie, togolaise, psychothérapeute, docteur en Psychologie clinique, formatrice de formateurs de maisons religieuses et de séminaires, auteure de « Religieuses abusées en Afrique, faire la vérité » (Éd. Salvator, 2022)
— RFI
Informations complémentaires
Religieuses abusées
- https://www.aciafrique.org/news/22311/une-commission-du-vatican-veut-combler-une-faille-juridique-affectant-les-religieuses-victimes-dabus
- https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2026-07/missio-protection-religieuses-abus-mineurs-vulnerable-eglise.html
- https://www.arte.tv/fr/videos/078749-000-A/religieuses-abusees-l-autre-scandale-de-l-eglise/
Les femmes consacrées et les religieuses victimes d'abus sont confrontées à une importante faille juridique : le droit canonique et les commissions spécialisées se concentrent principalement sur les mineurs et les adultes vulnérables, laissant ces femmes en dehors du champ de protection. En pratique, cela signifie que lorsqu'une victime est une adulte ayant reçu une formation religieuse, on présume qu'elle est capable de se défendre ou qu'elle a consenti 🡵. Le motu proprio « Vos estis lux mundi » utilise lui-aussi cette grille de lecture restrictive 🡵. Toutefois, cette situation a commencé a évoluer ces dernières années.
En France
C'est le documentaire d'Arte Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Église qui a provoqué une prise de conscience en 2018.
A l'échelle internationale
- 2020 Publication d'un important dossier dans Donne, Chiesa, Mondo (« Femmes, Église, Monde »), le supplément mensuel féminin de L'Osservatore Romano 🡵
- 2022 Publication d'une étude coordonnée par Sœur María Rosaura González Casas, alors coordinatrice de la Commission pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables de la Confédération latino-américaine et caribéenne des religieux. Basée sur une enquête menée auprès de 1 417 religieuses, l'étude révèle que 19,8 % d'entre elles ont déclaré avoir subi des abus sexuels, tandis que plus de la moitié ont indiqué avoir été victimes d'abus de pouvoir de la part de supérieures, de prêtres, de formateurs ou d'évêques. En outre, 14,3 % des répondantes ont affirmé avoir été harcelées par un prêtre, 9,7 % par des laïcs et 8 % par d'autres religieuses 🡵
- 2026
- Conférence internationale sur la sauvegarde, à l'Université pontificale grégorienne de Rome 🡵
- La Commission pontificale pour la protection des mineurs organise sa deuxième Rencontre annuelle sur la prévention des abus envers des religieuses 🡵