Les bénédictines de Montmartre reconnaissent des abus de toutes sortes
<< Semaine du 1er au 7 mai 2023 >>
Les bénédictines de Montmartre reconnaissent des abus de toutes sortes
- https://www.benedictines-montmartre.fr/communique-de-presse-du-27-avril-2023/
- https://www.famillechretienne.fr/40413/article/les-benedictines-du-sacre-coeur-de-montmartre-demandent-pardon-pour-les-abus
- https://www.la-croix.com/Religion/Abus-chez-benedictines-Montmartre-Il-grave-lachete-sein-lEglise-2023-05-05-1201266218
- https://x.com/i/web/status/1654436142689792005
Abus chez les bénédictines de Montmartre : il faut lire cette interview de Roseline de Romanet, qui décrit les violences psychologiques inouïes qu’elle et d’autres sœurs ont subi. Sur fond de lâcheté et d’indifférence misogyne de l’Eglisehttps://t.co/diHwyLYNe4 via @LaCroix
— Héloïse de Neuville (@heloise_dn) May 5, 2023
Communiqué de presse du 27 avril 2023
Déclaration élaborée en commun entre les sœurs Bénédictines du Sacré Cœur de Montmartre et plusieurs sœurs ayant quitté l'Institut (*)
Après de nombreuses années de liens rompus avec l'Institut des Bénédictines du Sacré Cœur de Montmartre (BSCM), plusieurs sœurs sorties ont repris contact avec la prieure générale actuelle. Un début de relecture du passé de l'Institut a été entrepris les 11 et 12 février 2023, entre des BSCM et plusieurs sœurs sorties. Étayée par des témoignages oraux et écrits, cette rencontre a permis de mettre des mots communs sur tout un système d'emprise, aux conséquences graves et durables, mis en place sur plusieurs décennies par l'autorité de l'époque. A l'issue de ce week–end, d'un commun accord, et dans un dialogue retrouvé, la publication d'une déclaration officielle faisant part de la reconnaissance d'abus subis au sein des BSCM a été décidée.
Toutes celles qui s'associent à cette déclaration sont broyées par l'ampleur des souffrances qu'elles ont subies durant tant d'années : abus spirituels et de conscience, abus de pouvoir et d'autorité, séparation des sœurs d'avec leur famille et leur référent spirituel, violences morales et physiques, menaces, mensonges systématisés, calomnies, climat de peur et de manipulation, humiliation, privation de liberté, absence de discernement vocationnel…
Ces mises en lumière publiques, attendues depuis trop longtemps, suscitent indignation, colère, et douleur. Le caractère tardif de cette déclaration, près de 20 ans après les conclusions de la visite apostolique de 2004, et 10 ans après celles de 2012, manifeste l'ampleur, la puissance et la profondeur de l'emprise. Les responsables actuelles de l'Institut déplorent avec force cette perversion de la vie religieuse durant ces années d'emprise, ainsi que toutes les violences subies et endurées par toutes, qui ont engendré de graves traumatismes, dont les effets perdurent encore chez certaines aujourd'hui. Ces dérives ont causé de nombreux départs de sœurs, dans des conditions trop souvent douloureuses et difficiles, l'autorité de l'époque ne les ayant ni soutenues, ni accompagnées, mais ostracisées.
Ce constat pousse les responsables actuelles de l'Institut à demander pardon à toutes celles qui ont été victimes de ces abus, à leurs familles et proches parfois profondément blessés et désemparés ; et en particulier à Roseline de Romanet (Mère Marie Vianney), empêchée, malgré elle, d'exercer sa charge de prieure générale de 1998 à 2004, humiliée, gravement et durablement calomniée (ainsi que sa famille) auprès des sœurs et de l'Église. En même temps, elles la remercient ainsi que toutes celles qui ont brisé le silence, dénoncé les dérives, rencontré l'indifférence ou le mépris, allant même jusqu'à sacrifier leur vocation.
À la suite des conclusions de la visite apostolique de 2012, puis dans l'élan du chapitre général de 2020, l'Institut s'est engagé dans un chemin de réforme et de conversion. Ce chapitre général ainsi qu'une relecture de l'histoire par toutes les sœurs en juin 2021, ont été deux étapes essentielles dans ce processus de renouveau. Plusieurs points d'attention et de vigilance ont émergé en vue de la mise en place d'un juste exercice de l'autorité, d'une formation continue des sœurs, dans le domaine des sciences humaines et du droit canonique ainsi que la mise en place d'un accompagnement humain et spirituel dispensé par des personnes qualifiées.
Le souhait de toutes celles qui s'associent à cette déclaration, est aussi de s'inscrire dans l'intention de prière formulée par le Saint–Père pour le mois de mars 2023 : « faire la totale lumière sur les dysfonctionnements subis afin qu'ils ne se reproduisent pas » (**). Dans les mois qui viennent, les signataires de cette déclaration commune demandent la mise en place d'une commission indépendante et pluridisciplinaire, afin de permettre à l'Institut de mieux identifier, comprendre et analyser l'ensemble des dérives qui ont eu lieu ainsi que d'envisager les contours d'une juste réparation.
***
Sœur Marie Elie, prieure générale de la congrégation des BSCM, et le Conseil Général
(*) dont Anne-Sophie B. (anciennement Sr Marie André), Roseline de Romanet (anciennement Sr Marie Vianney), Aurélie M. (anciennement Sr Marie Lucille), Nathalie Brun (anciennement Sr Marie Pauline), Sophie F.B. (anciennement Sr Marie Christophe), Claire Daniel (anciennement Sr Anne Claire), Marie M. (anciennement Sr Marie Astrid), Aurélie Péricard (anciennement Sr Marie Aurélie), Julie R. (anciennement Sr Marie Salomé), Anne-Christine (anciennement Sr Marie Jacques), Céline J.-G., Anne Langlade de Montgros (anciennement Sr Anne Cyrille)
(**) « L'Église ne doit pas cacher la tragédie des abus, quels qu'ils soient. Ni lorsque les abus se produisent au sein des familles, ni même dans des associations ou dans tout autre genre d'institutions.
L'Église doit être un exemple. Elle doit aider à résoudre ces abus, elle doit les faire apparaître au grand jour aussi bien dans la société qu'au sein des familles. »
Pape François, intention de prière pour le mois de mars 2023.
Informations complémentaires
Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre
- https://www.benedictines-montmartre.fr/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9n%C3%A9dictines_du_Sacr%C3%A9-C%C5%93ur_de_Montmartre
- https://www.rcf.fr/articles/actualite/emprise-et-abus-les-soeurs-benedictines-du-sacrecoeur-de-montmartre-demandent
- https://www.la-croix.com/Religion/Abus-chez-benedictines-Montmartre-Il-grave-lachete-sein-lEglise-2023-05-05-1201266218
- https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/benedictines-de-montmartre-nommer-ce-qui-a-ete-vecu-doit-permettre-que-cela-ne-se-reproduise-plus-88269.php
- https://www.benedictines-montmartre.fr/communique-de-presse-du-27-avril-2023/
- https://www.avref.fr/la-congregation-des-benedictines-du-sacre-cur-de-montmartre-bscm.html
- https://web.archive.org/web/20210119123419/https://www.viereligieuse.fr/Chapitre-general-des-Benedictines-du-Sacre-Coeur-de-Montmartre
Origine de la communauté
Le charisme de notre congrégation, les bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, s'inscrit dans le mouvement spirituel qui a abouti à la construction de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Dans l'esprit de ce lieu, nous cherchons à vivre une vie eucharistique en lien avec le culte du Sacré-Cœur et ouverte à l'accueil de tous ceux qui y sont attirés.
Reconnue comme congrégation le 4 mars 1898, la communauté des premières sœurs adopte la règle de Saint Benoît au Chapitre de 1914 et devient de droit pontifical lors de l'approbation des premières constitutions en 1930.
Histoire récente
Remarque : le Témoignage de Roseline de Romanet, ancienne prieure des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, est extrêmement précieux pour comprendre l'histoire récente de la communauté.
Avant 1998
Dans les années 60, une jeune sœur est élue prieure générale. Elle exercera cette charge durant plus de trente ans, jusqu'en 1998. D'un côté, elle a redonné vie à une communauté âgée. « Mais elle a ainsi acquis une aura qui a permis à ce système d'abus de prospérer. En tant que prieure générale, au nom de l'obéissance et de Dieu, elle nous demandait des choses qui mettaient profondément à mal notre liberté. Impossibilité d'aller seule chez le médecin, traitements antidépresseurs imposés pour certaines, obsession sur la nourriture – il fallait absolument se resservir et prendre du poids –, infantilisation en divisant pour mieux régner… Aux chapitres généraux, on demandait aux sœurs de voter pour telle ou telle autre, il n'y avait aucune liberté de choix. Nous avions interdiction de parler de quoi que ce soit à nos familles, par exemple, une sœur qui allait subir une opération grave n'avait pas le droit de le dire à ses proches. Tout était guidé par une volonté de pouvoir et de maîtrise. Il fallait absolument que nous accueillions de nouvelles recrues chaque année, donc certaines jeunes filles ont été harcelées au point de changer de numéro de téléphone. Les conditions d'entrée dans la communauté étaient le plus souvent beaucoup trop rapides, ne laissant pas les futures sœurs aller au bout de leurs études par exemple, sans temps suffisant de discernement. » 🡵.
1998-2004 Mère Marie-Vianney (Roseline de Romanet)
En 1998, la prieure générale ne pouvant plus se représenter, c'est une jeune sœur de 29 ans qui est élue 🡵. Mais l'ancienne prieure générale s'autoproclame assistante générale et nomme ses conseillères ! 🡵 Dans les faits, Mère Marie-Vianney ne sera jamais au commandes de la communauté.
En 2004, un événement provoque un point de bascule. Mère Marie-Vianney signe sous la pression de l'ancienne prieure une décision qui est transmise à Rome. Elle rencontre le nonce pour expliquer la situation, et fait état des très graves dysfonctionnements de la communauté 🡵.
Une visite apostolique est alors ordonnée. Elle ne durera qu'un mois et demi, et les visiteurs n'auront pas totalement les mains libres pour effectuer leur travail : ils ne rencontreront même pas les toutes les sœurs seules à seules. Au cours de cette visite apostolique, Mère Marie-Vianney abandonne sa charge de prieure, étant empêchée de gouverner.
Le communiqué de 2023 reconnaîtra que Mère Marie Vianney a été « empêchée, malgré elle, d'exercer sa charge de prieure générale de 1998 à 2004, humiliée, gravement et durablement calomniée (ainsi que sa famille) auprès des sœurs et de l'Église » 🡵.
2004-2013 Mère Irène-Marie (un mandat et demi)
Mère Irène-Marie est élue prieure générale. Les changements demandés à la suite de la visite apostolique ne seront pas appliqués. Au contraire « les sœurs se sont encore plus durcies dans leur sectarisme car rien n'avait été résolu » 🡵.
En 2012 a lieu une seconde visite apostolique conduite par l'abbé Ricaud de Saint-Benoît-sur-Loire et mère Madeleine de la congrégation des Franciscaines réparatrices de Jésus-Hostie à Paris. Cette fois-ci, elle dure une année. A son terme, la congrégation manque d'être dissoute, tant la situation observée par les visiteurs semble sans issue. L'AVREF publie sur son site internet des extraits particulièrement éloquents du rapport des visiteurs 🡵 qui décrivent un fonctionnement totalement inadmissible de la communauté.
En conséquence, en 2012-2013, Rome demande à l'ancienne prieure (celle qui avait le titre jusqu'en 1998) de s'éloigner. Elle s'installe à Vernon dans les Yvelines, mais reste en contact avec les sœurs grâce à des téléphones portables distribués en cachette. La prieure, mère Irène-Marie, la suit 🡵. L'ancienne prieure décède finalement en 2016.
2013-2020 Mgr Philippe Gueneley commissaire apostolique
De 2013 à 2020, Mgr Philippe Gueneley est commissaire apostolique pour accompagner les sœurs. Il ne sera pas partisan de la méthode dure pour redresser la communauté, considérant au contraire que « les sœurs avaient besoin de temps pour se remettre sur pied » 🡵.
2020-2026 Sœur Marie Elie Hancock
En 2020, Sœur Marie Elie Hancock est élue prieure générale 🡵. Durant son mandat, une relecture avec des sœurs victimes permettra de comprendre l'histoire de la communauté, alors qu'un récit alternatif et mensonger avait été forgé et s'était diffusé dans la communauté.
A partir de là, le sœurs ont reconnu publiquement un certain nombre d'erreurs dans un communiqué de presse du 27 avril 2023 : « abus spirituels et de conscience, abus de pouvoir et d'autorité, séparation des sœurs d'avec leur famille et leur référent spirituel, violences morales et physiques, menaces, mensonges systématisés, calomnies, climat de peur et de manipulation, humiliation, privation de liberté, absence de discernement vocationnel… » 🡵.
Diocèse de Paris
Derniers évêques
- 1981-2005 : Mgr Jean-Marie Lustiger 🡵
- 2005-2017 : Mgr André Vingt-Trois 🡵
- 2017-2021 : Mgr Michel Aupetit 🡵
- Depuis 2022 : Mgr Laurent Ulrich 🡵
Voir aussi :