Affaire Plessy
- https://threadreaderapp.com/thread/2095165526712439047.html
- https://www.rcf.fr/articles/actualite/je-navais-plus-lenergie-necessaire-le-pere-bernard-plessy-quitte-la-direction
- https://www.la-croix.com/religion/lyon-un-pretre-a-la-tete-d-un-groupe-scolaire-demis-apres-une-relation-avec-une-eleve-majeure-20260902
- https://web.archive.org/web/20260902082557/https://lyon.catholique.fr/au-sujet-de-linstitution-des-chartreux/
- https://www.lyoncapitale.fr/religion/avocate-de-la-victime-nadia-debbache-affaire-plessy-on-retrouve-la-volonte-de-minimiser-les-faits-et-de-proteger-linstitution
- https://lyon.catholique.fr/communique-relatif-a-la-plainte-deposee-contre-le-pere-plessy/
- https://www.lyoncapitale.fr/religion/diocese-de-lyon-plessy-chartreux
- https://www.lexpress.fr/societe/religion/a-lyon-lecole-des-chartreux-dans-la-tourmente-apres-la-plainte-pour-viols-contre-lex-directeur-XGLQ6NY6CJD6LLBLBBMEF7A2V4/
- https://abbaye-pesquie.org/la-communaute/
- https://www.la-croix.com/religion/qui-est-jean-bernard-plessy-le-directeur-dechu-des-chartreux-de-lyon-accuse-de-viols-20260915
- https://x.com/ntrouiller/status/2102793439259558197
- https://www.lyoncapitale.fr/societe/plessy-diocese-de-lyon-enquete
- https://www.rue89lyon.fr/2026/09/26/violences-sexuelles-chartreux-failles-cellule-decoute-diocese/
- https://www.la-croix.com/religion/apres-des-accusations-de-viols-contre-l-ancien-directeur-des-chartreux-des-dysfonctionnements-qui-interrogent-20260915
- https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/affaire-babolat-meurtri-et-peine-par-ces-accusations-le-directeur-des-chartreux-s-adresse-aux-parents-2439526.html
- https://lyon.catholique.fr/infos-utiles/contacter-un-pretre-ou-un-aumonier/
- https://web.archive.org/web/20260805224307/leschartreux.com/actualites/information-10-juillet-2026
- https://www.leschartreux.com/information-importante
- https://mesinfos.fr/69000-lyon/institution-des-chartreux-une-cellule-d-ecoute-mise-en-place-pour-les-eleves-et-les-enseignants-338082.html
- https://lyon.catholique.fr/au-sujet-de-linstitution-des-chartreux/
- https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/regard-chretien-sur-lactualite-rcf-lyon?episode=708439
- https://www.lyonmag.com/article/153949/lyon-accuse-de-viols-par-une-etudiante-des-chartreux-le-pere-plessy-conteste-fermement-les-faits
Contexte
En juillet 2026, le père Jean-Bernard Plessy annonce son départ de la direction de l'Institution des Chartreux (tout en restant supérieur général 🡵). Il évoque alors son épuisement physique et moral, aggravé par l'incendie qui a touché l'établissement le 1er avril 2026. Arthur Gouhier, est annoncé pour lui succéder à compter du 1er septembre 🡵. « Il faut savoir partir dans la reconnaissance et le sentiment du devoir accompli », écrivait-il dans le courrier daté du 9 juillet 🡵.
Début septembre, on apprend que la raison de son départ est tout autre :
Selon son récit, recoupé par d'autres sources, le prêtre aurait progressivement tissé son « emprise » sur la jeune femme, alors qu'elle était encore mineure et fragilisée par plusieurs événements personnels traumatisants. S'en seraient suivis des actes qu'elle qualifie de « violences sexuelles aggravées », assorties de mensonges et menaces, nécessitant pour l'étudiante, aujourd'hui âgée de 18 ans, plusieurs passages aux urgences. Au regard de la justice civile, Jean-Bernard Plessy reste présumé innocent.
— La Croix
C'est alors le début de l’« Affaire Plessy ».
Reproches et accusations
Père Plessy
Emprise construite sur une élève à partir d'octobre 2025 alors qu'elle était mineure (isolement de ses proches, arrêt de son suivi psy,…), puis violences sexuelles une fois majeure, aggravées par sa position d'autorité. Il aurait scripté les propos qu'elle devait tenir aux urgences, exercé un chantage au suicide, violé l'interdiction de contact décidée par l'évêque et demandé par mail la destruction des preuves.
Toute la presse, hormis @RCFLyon reprend le narratif du @diocesedelyon concernant les mesures conservatoires prises à l'encontre du père Plessy, directeur et supérieur général de l'institution. Un narratif problématique à plusieurs égards.
Le communiqué s'ouvre sur la révélation d'une « relation entretenue avec une étudiante majeure placée sous son autorité ».
La réalité est mille fois plus sordide.
Il s'agit de violences sexuelles agravées par le fait qu'il était en position d'autorité.
Mais ce n'est pas toutLa jeune fille avait vécu, au mois d'octobre, deux traumatismes terribles. Plessy s'en est servi pour l'approcher. Il lui a donné son numéro de téléphone en lui intimant de ne le dire à personne, et pendant 4 mois, tout gentil, tout paternel, etc. Enfin.
En même temps, il lui faisait cesser son suivi psy, surveillait de plus en plus étroitement ses relations, installait un narratif, lui racontait pleeeein de mensonges, s'arrogeait des compétences inexistantes en gynécologie, en psychologie, l'isolait de sa famille, de ses amis, et lui faisait comprendre que son avenir dépendait de lui: « la prépa c'est MOI », « méfiez vous si vous parlez » etc.
Je n'entrerai pas dans le détail des violences, absolument sordides. Sachez simplement que plusieurs passages aux urgences ont été nécessaires et que le mis en cause a, à chaque fois, scripté ce que la jeune fille devait dire aux médecin pour qu'il n'ait pas d'ennuis. Les SMS ont été conservés.
L'emprise a été mise en place alors que la jeune fille était mineure.
Les violences ont commencé après.C'est un personnel de l'établissement des Chartreux qui est parvenu à briser le mur d'isolement construit autour de cette jeune fille qui allait très mal et pour qui toutes les alertes de ses profs remontaient… À son agresseur. Qui la menaçait, et lui faisait du chantage au suicide.
Cette femme a fait immédiatement un signalement, qui est parvenu à l'archevêché. Or la jeune fille avait, depuis un mois, entamé des échanges avec le responsable de cette cellule, un ancien commandant de police. Il dit effectivement un certain nombre de choses réelles à la jeune fille. Qu'elle est victime. Mais aussi: « Il ne peut pas y avoir de prison. Si vous parlez à l'Église, il pourra y avoir des restrictions ou un rappel à l'ordre ». Génial. Quand on a été policier, on peut juger d'une affaire sans les éléments, rien qu'en textotant avec la victime. Il reconnaît aussi par écrit qu'il cache à l'évêque que le mis en cause viole les ordres de l'évêque (ne plus entrer en contact avec la victime), des mails qui demandent explicitement à la victime de détruire les preuves.
Son excuse : « la victime m'a demandé de ne rien dire ».
Oh bah oui, une gamine de tout juste 18 ans terrorisée et bourrée de culpabilité, c'est hyper important de suivre ses directives quand elle demande au diocèse qu'on l'aide à protéger son agresseur.
C'est un homme dont les conseils, à chaque bifurcation, vont vers la solution la moins coûteuse pour l'institution :
- la discrétion plutôt que la presse,
- l'Église plutôt que le parquet,
- le renoncement plutôt que la plainte,
- le silence sur la désobéissance de M. Plessy plutôt que le signalement
Bref, la rétention d'information, ajoutée aux mensonges du mis en cause qui prétend qu'il ne s'est presque rien passé (il y a les preuves du contraire, ainsi que de la coercition) fait que le diocèse à publié ce torchon, repris de bonne foi par tous les médias.
@RCFLyon est le seul média à souligner la drôle de cohérence du diocèse.
Qu'est ce qui a changé entre juillet et septembre pour que tout à coup il « paraisse indispensable » au diocèse d'informer la communauté éducative et qu'une enquête interne puisse être diligentée" ? Le fait que la jeune fille ait pris un avocat ?
Car le diocèse n'est pas tout blanc. Prévenu le 3 juillet, l'archevêque se contente de convenir avec l'agresseur d'une sortie honorable : la fatigue due à l'incendie. On s'arrange, entre gens convenables.
Germay lui demande de ne plus communiquer avec la jeune fille : il s'en bat les reins. Et lui demande de ne plus se rendre sur le site précis de la prépa, mais bride sur le cou pour les autres sites, et surtout : il n'est plus directeur MAIS RESTE SUPÉRIEUR GÉNÉRAL.
La gamine est vachement bien protégée, bravo. Elle avait sa rentrée ce matin.
C'était déjà bien stressant, mais comme le diocèse n'a rien glandé depuis deux mois, ils publient le communiqué pile aujourd'hui.
Si le but c'est qu'elle finisse de craquer, c'est réussi.
Bande de bras cassés.
Vous n'en avez rien à faire des victimes.Depuis ce matin je vous supplie d'enlever le mot « relation » qui fout la tête sous l'eau à une gosse dans un état épouvantable, mais vous n'avez même pas le courage de me répondre. Il y avait d'autres moyens de dire les choses en protégeant vos petites fesses. Mais vous n'avez que votre propre survie en ligne de mire.
Spoiler: vous sentez déjà le cadavre. Jésus a un terme qui vous va bien: « sépulcres blanchis »⏹️
Mgr de Germay et le diocèse de Lyon
[Lyon Capitale] Le diocèse affirme que la jeune fille avait elle-même utilisé le mot « relation » et qu'il ne pouvait pas qualifier les faits. Pourquoi ce terme ne vous convient pas ?
[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] C'est odieux d'affirmer cela. Ma cliente a contacté la cellule d'écoute du diocèse alors qu'elle était complètement déboussolée, dissociée et traumatisée, incapable d'analyser ce qu'elle vivait. En examinant les échanges, on s'aperçoit que ce mot vient de la cellule d'écoute elle-même. Employer le mot « relation » sous-entend un rapport consenti. Le diocèse prétend ne pas trancher, mais il prend position et valide la thèse d'une relation partagée. Dès la sortie du communiqué du diocèse le 2 septembre, j'ai envoyé un courriel puis un courrier exigeant une rectification. Ils n'ont jamais répondu. Résultat : ma cliente a été insultée sur les réseaux sociaux et a subi une forte décompensation constatée par son psychiatre.
Dans son communiqué du 2 septembre, le Diocèse de Lyon expose ce dont il a été informé début juin. Ce communiqué précise qu'il s'agit d'une relation entre le directeur des Chartreux, prêtre, et une étudiante placée sous son autorité. Il reprend le mot « relation » parce que c'est le terme utilisé par la jeune femme elle-même. Il ajoute, qu'après avoir ouvert une enquête préliminaire, l'archevêque a retiré sa mission au Père Plessy. Il est donc évident pour le Diocèse de Lyon que cette jeune femme est victime de ce prêtre. C'est d'ailleurs ce que la cellule d'écoute, ayant toujours cru à sa parole, n'a cessé de lui dire dès le début des échanges avec elle. Le Diocèse a agi pour la protéger ; il lui redit toute sa compassion dans cette épreuve.
Il appartiendra à la justice, que le Diocèse a saisie dès le 6 juillet en la personne du procureur, de dire si les faits sont constitutifs d'infraction de viols et d'agressions sexuelles aggravés. Les autorités diocésaines n'ont ni la compétence ni l'autorité pour définir ces faits à la place des juridictions.
On notera que s'il appartient à la justice de qualifier les faits, rien n'empêchait le diocèse d'indiquer qu'il avait eu connaissance d'éléments extrêmement graves, laissant penser que le père Plessy aurait pu se rendre coupable de violences sexuelles. Et en indiquant que pour des raisons de prudence et sans présager de la qualification pénale des faits, Mgr de Germay avait retiré au père Plessy sa mission de directeur, ce dernier ayant alors remis sa charge. La non-qualification des faits par la justice n'empêche donc aucunement une explication des mesures prudentielles prises par Mgr de Germay.
L'incompréhension règne parmi les fidèles. Notamment sur le silence du diocèse entre le 2 juillet, la destitution du père Plessy, et le 2 septembre, le premier communiqué officiel sur l'affaire. Durant ces deux mois, la version d'un départ pour « fatigue » a prospéré, alors que le prêtre avait déjà reconnu « la relation » et était sanctionné.
Nous avons dans un premier temps envisagé une communication en juillet. Il nous fallait cependant prendre en compte la demande de discrétion de la jeune femme.
Fin août, lorsque son avocate nous a fait savoir qu'elle souhaitait qu'une information claire soit donnée, nous avons publié le communiqué que vous connaissez.
— Lettre de Mgr Olivier de Germay aux prêtres du diocèse de Lyon, 16 septembre 2026
Le diocèse affirme avoir voulu protéger l'anonymat de la victime. Que répondez-vous ?
[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] Prétendre avoir gardé le silence pour protéger ma cliente est faux. Elle n'a jamais été en capacité de faire cette demande tant en raison de son état psychologique que des pressions dont elle était victime de la part du mis en cause. Le diocèse a uniquement cherché à se protéger lui-même. Le 9 juillet, le directeur a présenté publiquement son départ comme lié à une « fatigue physique et mentale », ce qui est un mensonge validé par les autorités de tutelle de l'institution des Chartreux. Ce n'est qu'après mes courriers officiels du 27 août à l'archevêque et du 31 août à l'établissement des Chartreux, exigeant des précisions sur les mesures de protection et une communication conforme à la réalité, que le diocèse a publié son communiqué du 2 septembre.
« Il nous fallait cependant prendre en compte la demande de discrétion de la jeune femme ». Bien entendu, une certaine discrétion est nécessaire, et il n'est pas question de publier tous les détails ni de révéler l'identité de la jeune fille. Mais cela n'empêche pas pour autant d'annoncer que le père Plessy était suspecté de violences sexuelles, et à ce titre écarté de son poste de direction. En d'autres termes, une demande de discrétion n'est pas une demande de silence qui laisse des mensonges prospérer.
D'autre part, alors que la cellule d'écoute parlait « d'emprise » 🡵, s'appuyer exclusivement sur une demande de la jeune fille qui sert avant tout l'auteur de l'emprise suspectée devrait largement inquiéter une cellule d'écoute qui doit avant tout protéger les personnes.
L'évêque a déplacé le prêtre à l'abbaye du Pesquié dans l'Ariège, en prenant soin d'avertir l'évêque local, mais pas les religieuses qui désormais l'abritent.
Bien entendu, on ne peut que se réjouir que le père Plessy ait été éloigné de l'Institution des Chartreux. Cependant, si cette information de L'Express est exacte, il est ahurissant que les religieuses n'aient pas été prévenues de la raison de son séjour dans leur abbaye… d'autant plus que selon le site Internet de la communauté : « Nous sommes une communauté d'une quarantaine de moniales, où tous les âges de la vie sont bien représentés » 🡵. Il pourrait donc être de nouveau au contact de jeunes femmes, religieuses, cette fois-ci.
Par ailleurs, le choix même de cette abbaye interroge. En effet, ce lieu est loin d'être inconnu du père Plessy qui y emmenait des adolescentes de sa propre initiative mais sans y associer la pastorale de l'établissement. Une démarche qui pose fortement question :
[Le père Plessy] n'hésite pas non plus à sortir du cadre scolaire. Comme lors de ces retraites spirituelles qu'il propose à un groupe de six adolescentes à l'abbaye du Pesquié (Ariège) sans que le service de pastorale de l'établissement soit associé. C'est lui qui est aux commandes du minibus pendant les six heures du trajet et offre les repas au McDonald's, que les parents n'auront même pas à débourser.
— La Croix
La cellule d'écoute du diocèse
« L'avocate [de la plaignante] accuse la cellule d'écoute du diocèse d'avoir laissé la jeune fille en contact avec son agresseur pendant tout le mois de juin » 🡵. « Or, les viols continuent […] jusqu'au début du mois de juillet », accuse la plaignante 🡵.
Concernant le délai entre l'identification du prêtre et les mesures d'éloignement le 2 juillet, le diocèse explique avoir attendu la confirmation du passage en année supérieure de l'étudiante afin de préserver sa scolarité au sein des Chartreux.
Au regard de la gravité de la situation, « la confirmation du passage en année supérieure de l'étudiante » est certes à prendre en compte, mais sans commune mesure avec les viols dont elle aurait été victime le temps que les mesures d'éloignement soient prononcées.
[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] Bien qu'informé en juin, le diocèse n'a pris aucune mesure d'éloignement immédiate : l'interdiction de contact n'a été signifiée qu'au début du mois de juillet. Et malgré cette interdiction formelle, le père Plessy a envoyé plus de 130 SMS et courriels entre le 3 juillet et le 4 août. Il se vantait, même après sa mise à pied, en répétant que l'évêché était de son côté. Ma cliente a prévenu la cellule d'écoute qu'il continuait à lui envoyer des messages malgré l'interdiction. Sans réaction de sa part.
Si les faits dénoncés ici par l'avocate de la plaignante sont exacts, on retrouvera ici un schéma déjà observé dans d'autres affaires : des sanctions inopérantes car vraisemblablement connues de très peu de monde, et dont la violation n'a semble-t-il entraîné aucune conséquence. Et le tout sans tenir au courant la plaignante de la manière dont la violation des sanctions a été traitée.
Pourquoi pensez-vous qu'il y a eu des pressions directes ou des tentatives d'entrave à la justice ?
[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] La question se pose très clairement. Le père Plessy demandait systématiquement à ma cliente de détruire les SMS qui constituaient autant de preuves. Mais la cellule d'écoute suscite aussi de lourdes interrogations. Elle compte parmi ses membres un ancien commandant de la brigade de protection des familles. Or, il a affirmé à la jeune fille que si elle allait aux tribunaux civils, l'avocat de la défense allait « la massacrer », qu'il n'y aurait pas de suites judiciaires mais seulement des sanctions canoniques, tentant implicitement ainsi de la dissuader de porter plainte. Lorsqu'il a su qu'elle avait pris une avocate, il l'a appelée à 22 h pour lui déconseiller de suivre mes conseils. Il s'agit moins d'une incompétence grave que d'une stratégie délibérée pour étouffer l'affaire au profit de l'institution.
Dès lors qu'Anna évoque une plainte, le discours change. « L'avocat de la défense ne vous épargnera pas. Il va vous massacrer », lui dit François L'Huilier, selon les enregistrements que nous avons pu écouter. Il poursuit : « Si vous allez au tribunal, vous passerez un mauvais quart d'heure à cause des avocats. » Il évoque les questions qui pourraient lui être posées sur sa « relation » avec le prêtre et sur les raisons pour lesquelles elle serait retournée vers lui.
Dans un discours un peu confus, le policier lui rappelera tout de même, plus tard, qu'Anna peut porter plainte si elle le souhaite. Cela dissuade dans un premier temps, la jeune femme, qui renonce à porter plainte. Pour Me Nadia Debbache, son avocate, François L'Huilier ne lui a pas présenté la procédure de manière équilibrée.
Elle estime notamment qu'il n'a pas expliqué à sa cliente qu'elle pouvait être accompagnée par son propre avocat et qu'il a surtout insisté sur les difficultés auxquelles elle serait confrontée. Contacté, François L'Huilier n'a pas donné suite à nos questions, malgré nos relances.
— Rue 89
[François L'Huilier, de la cellule écoute] lui aurait également dit que « si tout le monde apprenait ça, ça serait la cata », toujours selon le témoignage de la jeune femme. Invité à réagir sur ces mots, le diocèse dit ne pas souhaiter commenter ces propos.
Après avoir pris connaissance de ces éléments, Me Nadia Debbache écrit le lendemain à Mgr Olivier de Germay pour demander que les échanges avec sa cliente passent désormais par elle.
— Rue 89
Dysfonctionnements institutionnels
Un autre article du journal La Croix dresse cette semaine un portrait du père Plessy.
L'article le présente comme extrêmement investi dans sa mission. L'Institution des Chartreux lui doit beaucoup, étant devenue sous son mandat une institution d'excellence. Point d'orgue, le grandiose bicentenaire de l'Institution des Chartreux, auquel se rend le tout-Lyon.
Mais cette réussite a été construite en concentrant les pouvoirs de manière préoccupante. Le tableau que dressent les témoins est celui d'une omniprésence sans garde-fou : c'est lui qui recrute les 450 enseignants, leur attribue classes et niveaux, préside tous les conseils de classe de la troisième à l'enseignement supérieur, annote à la main certains bulletins. Entre 2001 et 2026, il a cumulé les fonctions de chef d'établissement et de directeur général, sans directeur des études pour partager la charge. Autour de lui, les contre-pouvoirs se sont réduits : les représentants des parents d'élèves ne siègent pas aux conseils de classe, le dialogue syndical reste étroit, la tutelle n'exerce aucun contrôle officiel et ne prépare pas la succession.
De plus, prêtre et chef d'établissement, il décide des passages en classe supérieure et confesse certains de ses élèves, mélangeant for interne et for externe.
S'y ajoutent les sorties du cadre institutionnel : des retraites spirituelles proposées à un petit groupe d'adolescentes à l'abbaye du Pesquié (Ariège) sans que le service de pastorale de l'établissement soit associé, avec lui au volant du minibus. Et une proximité physique et affective que plusieurs anciennes élèves décrivent comme parfois gênante : embrassades, main sur l'épaule, correspondance où revient l'expression « vive affection ».
Un article publié par le journal La Croix s'intéresse aux mécanismes défaillants de contrôle de l'Institution des Chartreux.
- Concentration des pouvoirs : jusqu'à cet été, le père Bruno Martin cumulait l'autorité de tutelle sur l'établissement (via la Société des prêtres de Saint-Irénée) et la présidence de l'association de gestion. Il représentait donc à la fois le contrôleur et le contrôlé.
- Absence de visites de tutelle : alors qu'elles doivent en principe avoir lieu tous les trois à cinq ans, ces visites n'auraient pas eu lieu de façon formalisée depuis 2001 selon les personnels et le syndicat Snec-CFTC.
- Contrôle externe du rectorat inopérant : l'inspection du rectorat de novembre 2025, pourtant conduite par dix inspecteurs, n'a produit que des mises en demeure mineures portant sur les cours de culture religieuse et une messe substituée à une heure de cours. Aucun dysfonctionnement institutionnel majeur n'a été pointé.
En 2022, plusieurs anciennes élèves ont également accusé d'agressions sexuelles le père Georges Babolat (décédé en 2006), qui dirigeait l'établissement avant le père Plessy 🡵. Ce précédent aurait dû servir de signal d'alerte pour revoir les mécanismes de contrôle au sein de l'Institution des Chartreux.
« Nous avons demandé la cotutelle du diocèse à partir de juillet [2026] », se défend l'évêché 🡵.
Chronologie
Année 2025
- Septembre Une élève alors mineure entre aux Chartreux. Ses parents, non lyonnais, lui louent un studio 🡵
- Octobre Lors d'une soirée organisée par des élèves, après avoir bu un verre, elle se sent mal. Un camarade propose de la raccompagner et la viole en chemin. Elle dépose plainte au commissariat le lendemain 🡵
- Octobre–novembre Le père Jean-Bernard Plessy est informé de la plainte. Il convoque l'élève encore mineure, lui donne son numéro de portable en présentant ce geste comme un privilège rare, puis prend régulièrement de ses nouvelles 🡵
- Novembre Elle atteint sa majorité. Selon son avocate Nadia Debbache, le prêtre devient alors de plus en plus pressant, voire tactile 🡵
Année 2026 : avant l'été
Février Premier viol allégué. Selon son avocate, beaucoup d'autres suivent dans les mois suivants, jusqu'à plusieurs fois par semaine, accompagnés d'une correspondance constante (centaines de textos et mails) 🡵.
« Plusieurs proches de la victime font alors état d'une relation d'emprise avec pour conséquence, selon eux, un isolement social de cette dernière, un arrêt de son suivi psychologique et une dégradation générale de son état de santé – elle se présentera deux fois aux urgences médicales [dans deux lieux différents, pour saignements et douleurs 🡵] – sur fond de menaces du père Plessy sur la bonne poursuite de sa scolarité et de chantage au suicide si elle parlait » 🡵.
Selon son avocate : « Connaissant sa vulnérabilité, le mis en cause s'est immiscé dans sa vie jusqu'à l'isoler de tous les adultes référents dont ses propres parents. Il a écarté sa psychologue en affirmant qu'elle ne servait à rien. Il cumulait toutes les casquettes : directeur, supérieur religieux, guide spirituel et même médecin, prétendant avoir étudié la médecine au séminaire. Il lui posait des diagnostics, lui prescrivait du repos et lui interdisait de voir des docteurs. Il a aussi exercé un chantage au suicide et des menaces, affirmant que tout révéler le détruirait. C'est de l'emprise totale et de la contrainte absolue » 🡵.
Printemps 2026 : Recherche d'aide par la jeune fille auprès de services d'écoute externes (SOS Amitié, Nightline) 🡵.
Année 2026 : été
Juin
- 1er ou 3 juin Après avoir envoyé un mail anonyme à l'adresse pretre(at)lyon.catholique.fr 🡵 (dont le diocèse garanti la confidentialité 🡵), le mail est reçu par le service communication du diocèse et transmis à la cellule d'écoute 🡵
- 4 juin Elle obtient une réponse de la cellule d'écoute 🡵
- 16 juin Une enseignante contacte le vicaire général après avoir reçu les confidences de la jeune fille. L'enseignante mentionne le nom du père Plessy. Le vicaire général la renvoie vers la cellule d'écoute 🡵.
- 19 juin « Ne sentant pas la jeune fille suffisamment protégée » 🡵, l'enseignante dépose un signalement à la brigade des mineurs 🡵
Juillet
- 2 juillet
- L'archevêque de Lyon, Mgr Olivier de Germay convoque le père Plessy 🡵
- Des mesures conservatoires sont signifiées au père Plessy : retrait de la mission de directeur au père Plessy par l'archevêque, assorti d'une interdiction de ministère et de contact avec la victime 🡵
- À partir de cette date, la plaignante n'est reçue ni par Mgr de Germay ni par l'évêque auxiliaire Mgr Loïc Lagadec 🡵
- Début juillet À la suite du signalement de l'enseignante, le procureur ouvre une enquête préliminaire pour agressions sexuelles aggravées 🡵
- Bien que démis, le père Plessy continue d'écrire à la jeune fille, lui dicte ce qu'elle devra répondre en audition (« ce serait l'idéal que ça en reste là ») et lui demande d'effacer chaque message. Elle répond : « Je suis perdue, j'ai peur » 🡵
- 6 juillet
- 8 juillet Le responsable de la cellule d'écoute est entendu par la police judiciaire 🡵
- 9 juillet Le père Plessy adresse une lettre de deux pages aux parents d'élèves pour annoncer son départ. Il évoque alors son épuisement physique et moral, aggravé par l'incendie qui a touché l'établissement le 1er avril 2026. Arthur Gouhier est annoncé pour lui succéder à compter du 1er septembre 🡵
- Selon la défense de la victime, le prêtre aurait encore échangé 130 messages entre le 2 juillet et le 4 août, alors qu'il avait interdiction d'entrer en contact avec la jeune fille 🡵. Il cherche à savoir ce qu'Anna a raconté, qui est au courant et ce qu'elle pourrait dire aux enquêteurs. Il lui demande également de supprimer certains messages et s'inquiète de ce que le journal intime de la jeune femme pourrait dire de lui 🡵
- 2 juillet
Août
- Le 28 août, dès lors qu'Anna évoque une plainte, le discours de François L'Huilier change : « L'avocat de la défense ne vous épargnera pas. Il va vous massacrer » dit il. Même s'il lui indique qu'elle peut porter plainte, pour Me Nadia Debbache, l'avocate de Anna, François L'Huilier ne lui a pas présenté la procédure de manière équilibrée 🡵
Durant l'été Le père Plessy est déplacé par Mgr de Germay à l'abbaye du Pesquié (Ariège). L'évêque local est averti des accusations dont il fait l'objet, contrairement aux religieuses qui l'accueillent 🡵
Année 2026 : à partir de la rentrée
- 31 août À la veille de son entrée en fonction, Arthur Gouhier envisage un pot de départ pour le père Plessy… avant d'être mis au courant des accusations pesant sur le prêtre 🡵 🡵 🡵
- 1er septembre Renforcement des des mesures conservatoires : le père Plessy a interdiction d'exercer tout ministère dans le diocèse et de se rendre sur les sites de l'institution 🡵
- 2 septembre Un communiqué du diocèse de Lyon est publié. Il ne parle pas de violences sexuelles, mais de « relation », laissant supposer une relation consentie entre personnes majeures. Le communiqué annonce également qu'une enquête canonique a été ouverte, sans indiquer de date. Ce communiqué est immédiatement très vivement critiqué par Natalia Trouiller, qui décrit une réalité infiniment plus sombre. Elle met en cause plus spécifiquement trois personnes :
- Père Jean-Bernard Plessy : emprise construite sur une élève à partir d'octobre alors qu'elle était mineure (isolement de ses proches, arrêt de son suivi psy…), puis violences sexuelles une fois majeure, aggravées par sa position d'autorité. Il aurait scripté les propos qu'elle devait tenir aux urgences, exercé un chantage au suicide, violé l'interdiction de contact décidée par l'évêque et demandé par mail la destruction des preuves
- Mgr Olivier de Germay : alerté le 3 juillet, il a laissé le père Plessy quitter sa charge en invoquant une fatigue liée notamment à l'incendie, alors qu'il avait été démis de ses fonctions. Puis après deux mois sans que la situation évolue, « il est apparu indispensable que la communauté éducative soit informée et qu'une enquête interne puisse être diligentée » et un communiqué minimisant les faits sous le mot « relation » est alors publié
- Le responsable de la cellule d'écoute (ancien commandant de police) : il aurait découragé la victime d'aller au pénal en préjugeant de l'issue du dossier, et aurait sciemment caché à l'évêque que le mis en cause désobéissait à ses ordres. Ses conseils seraient toujours allés vers la solution la moins coûteuse pour l'institution
- 2 septembre (également) Les Chartreux annoncent la mise en place d'une cellule d'écoute avec l'aide d'un cabinet extérieur, pour les élèves et les enseignants qui en exprimeraient le besoin 🡵. Il est donc très clair que l'on est bien au-delà de ce que l'on entend habituellement par « relation » entre deux personnes majeures
- 4 septembre
- Christophe Ravinet, responsable de la communication externe du diocèse, défend le diocèse dans La Croix au sujet de l'emploi d'un vocabulaire euphémisant : « Nous n'avons aucun droit de qualifier les faits avant qu'ils ne soient jugés, que ce soit par la justice civile ou canonique » 🡵
- Sur RCF, Mgr Loïc Lagadec utilise pour la première fois les expressions d’« éléments graves » et invoque « la dissymétrie des situations, le rapport d'autorité, la différence d'âge » 🡵, ce qui marque une évolution nette par rapport au communiqué publié deux jours plus tôt
- Une lettre du Directeur Général est transmise à tous les parents d'élèves du Groupe Chartreux pour les avertir de l'ouverture effective du dispositif d'écoute
- 10 septembre (le 11 selon L'Express) La plaignante dépose plainte avec son avocate contre le père Plessy. La victime demande que l'enquête judiciaire porte explicitement sur des viols aggravés ainsi que sur des agressions sexuelles aggravées en raison des fonctions d'autorité exercées par le père Plessy et des éléments de vulnérabilité tenant à la victime, et également sur une possible tentative d'entrave à la justice, suite à des pressions exercées sur la plaignante pour falsifier son récit et lui imposer le silence. L'avocat du père Plessy, Thomas Ginoux, indique que son client conteste vigoureusement les faits 🡵 🡵
- 11 septembre Dans un nouveau communiqué, le diocèse indique, au sujet du communiqué du 2 septembre : « Il reprend le mot « relation » parce que c'est le terme utilisé par la jeune femme elle-même » 🡵. Le diocèse utilise donc pour sa défense des éléments du mail confidentiel transmis à l'adresse pretre(at)lyon.catholique.fr 🡵. Cette fois-ci et contrairement au précédent communiqué, un soutien à la plaignante est mentionné : « Le Diocèse lui exprime tout son soutien », « il est donc évident pour le Diocèse de Lyon que cette jeune femme est victime » (la qualification de « victime » est ici employée) 🡵
- 16 septembre
- Publication d'un article de L'Express qui critique la gestion de cette affaire par le diocèse 🡵
- Mgr de Germay écrit aux prêtres de son diocèse en leur demandant de relayer un message à leurs communautés. Il réaffirme notamment ne pas avoir communiqué en juillet pour « prendre en compte la demande de discrétion de la jeune femme »
- 22 septembre En publiant son droit de réponse, le diocèse de Lyon révèle des pratiques inacceptables. C'est ce que pointe l’analyse de Natalia Trouiller, qui dénonce des ruptures de confidentialité subies par une jeune femme venue signaler les actes du père Plessy. Cette dernière avait écrit à une adresse générique censée garantir un échange « personnel et confidentiel avec un prêtre » (pretre(at)lyon.catholique.fr). Son message a pourtant été lu par le service de communication du diocèse, avant d'être transmis à la cellule d'écoute. De plus, pour se défendre dans les médias, le diocèse a utilisé publiquement cet email confidentiel.
